Le manager du Racing 92, Patrice Collazo, s’est livré dans une interview accordée au Figaro, dressant un bilan mesuré du début de saison de son équipe en Top 14.
« On n’est jamais satisfait. Ce qui importe, c’est de savoir pourquoi on n’est pas plus haut. On a perdu des matchs dans le money time à l’extérieur, voire dans l’extra-extra-extra money time. On sait exactement où on en est. On sait qu’on a quand même beaucoup d’axes encore où nous devons progresser », confie-t-il, soulignant notamment la gestion délicate des fins de rencontre. « Le Top 14 n’a jamais été aussi dense. Il faut une série de 2-3 victoires pour pouvoir s’installer et avoir un peu de visibilité. Aujourd’hui, tout le monde se tient. Ça se joue aux bonus. Et on a mis du temps à se mettre à la page sur ces points-là. Sur nos deux dernières réceptions, on a enfin réussi à cocher la case bonus offensif. »
L’entraîneur rappelle que le groupe a connu de profonds bouleversements durant l’été, avec une quinzaine de recrues et un fort turn-over. « Notre groupe a été énormément modifié à l’intersaison, avec une quinzaine de recrues et un gros turnover. On a encore besoin de vécu collectif. De faire monter le groupe en compétence aussi. Ça ne nous a pas empêchés de répondre présent, d’être compétitif. Y compris à l’extérieur… »
Contrairement à la tactique adoptée par de nombreux techniciens, Collazo refuse d’établir une équipe différente en fonction du lieu des rencontres. « Je ne suis pas un adepte d’une équipe à la maison et d’une équipe à l’extérieur. C’est mon opinion, chacun fait comme il veut. Mais je trouve que ça n’envoie pas un bon message. Et puis, on s’enferme dans un truc. En Top 14, gagner à la maison devient de plus en plus difficile. Donc on s’expose à des déconvenues. Et si on n’a que cette corde-là, quand elle pète, le groupe peut ne pas comprendre et ne pas très bien réagir. »
Il justifie ainsi son choix de ne pas faire d’impasse : « On ne voulait pas être dans cette politique de lâcher les matchs. En plus, on est obligés de gagner en compétences et en repères collectifs. Ce qui ne nous a pas empêchés, comme tout le monde, de prendre quelques gros scores à l’extérieur. Parce que ça peut aller très vite, il suffit d’un fait de jeu, de quelque chose de mal maîtrisé, pour que l’addition monte très vite. Mais ça, c’est le niveau d’exigence du Top 14. »
Par ailleurs, Collazo souligne une spécificité du calendrier du Racing 92 : « Nous sommes l’une des rares équipes à ne pas avoir encore reçu deux fois d’affilée. Et puis février-mars peuvent être intéressants avec les doublons. On ne sera quasiment pas impacté : un joueur, deux peut-être. Cette période est souvent charnière. On va voir si on arrive à se positionner sur ces deux mois. On souhaite basculer du bon côté, ça, c’est une évidence. Après, on aura ce qu’on mérite, ce que les joueurs ont envie d’aller chercher. Mais je trouve qu’en termes de mentalité, d’engagement, on n’est pas trop mal… Bon, après, c’est la base du rugby hein (sourire). Maintenant, il faut qu’on arrive à y greffer de la constance sur la stratégie, à parvenir à maîtriser un match de A à Z, ne plus relâcher l’étreinte dans le money time… »
Enfin, à la veille d’affronter l’UBB, Collazo affiche sa prudence. « Ils ont le même nombre de victoires que nous (7) et une défaite de plus (6 contre 5 et un nul) mais avec les bonus… On sait où on met les pieds : chez une équipe championne d’Europe avec très peu de mouvement dans son effectif. L’UBB, c’est un style de jeu marqué sur la transition, le jeu dans la verticalité, dans la profondeur. Des facteurs X aux postes 9 et 10, en plus des ailiers… »
Interrogé sur la possibilité de cibler des joueurs emblématiques comme Jalibert ou Bielle-Biarrey, il refuse l’approche restrictive : « On peut faire un plan anti-Jalibert. Mais si on fait un plan anti-Jalibert, pourquoi on ne ferait pas un plan anti-Lucu ? Un plan anti-Bielle-Biarrey ? Un plan anti-Penaud ? Ça fait beaucoup de plans (il rit). On fonctionne plutôt avec une thématique sur la semaine. Comment aborder le match, sous quel angle, avec quelle mentalité, sur quel truc mettre le focus ? Quand vous jouez des équipes de ce niveau-là, le danger vient de partout. Car on parle beaucoup de leurs trois-quarts, mais, à domicile, ils sont capables de se retrouver sur du jeu d’avant. Ce qui est certain en revanche, c’est que si le match tombe dans un rugby un peu chaos, ça peut vite tourner à leur avantage… »







