La phase retour du Top 14 confirme une tendance lourde : les victoires à l’extérieur se font de plus en plus rares. À mi-championnat, seules deux équipes tirent leur épingle du jeu.
Le Stade Toulousain et la Section Paloise dominent non seulement le classement, mais sont aussi les seules formations à s’être imposées à trois reprises hors de leurs bases cette saison. Elles ont même remporté leurs trois derniers déplacements, respectivement à Lyon (19-41) et Montauban (17-53), le 20 décembre.
Cette performance contraste avec la norme. En moyenne, moins d’un match sur cinq voit la victoire du visiteur, un ratio semblable à celui de la saison précédente, traduisant un championnat de plus en plus verrouillé à domicile. Cette statistique est toutefois en partie faussée par les mauvais résultats à domicile de l’US Montauban et de l’USA Perpignan, qui ont enregistré respectivement quatre et cinq défaites à domicile.
Plus spectaculaire mais paradoxalement plus prévisible, le Top 14 connaît une hausse significative du nombre d’essais marqués. Les victoires surprises à l’extérieur restent rares, avec seulement quelques exploitations notables : Clermont à Montpellier (7-9), Pau à Bordeaux-Bègles (33-34) et Castres à La Rochelle (17-19). À Jean-Dauger, la résistance de Bayonne, invaincue à domicile depuis juin 2024, a même empêché Toulon et le Stade Français d’ajouter leurs noms à cette liste.
Pour Ugo Mola, cette situation illustre « un championnat homogène » où « le travail que réalisent beaucoup d’équipes est plutôt intéressant. On voit des environnements assez incroyables comme à Bayonne ou à Pau. »
La montée en puissance des publics, avec des affluences en hausse constante, renforce l’avantage du terrain. Ce cercle vertueux, mêlant confiance, repères collectifs et soutien des supporters, peut faire basculer les rencontres dans les dernières minutes. Dans ce contexte, « un faux pas à domicile devient un handicap majeur » pour toute équipe ambitieuse visant les phases finales.
La lutte s’est intensifiée, comme en témoigne l’écart de seulement trois points séparant le quatrième du onzième au classement. Le ventre mou a disparu, et à l’exception du LOU, toutes les équipes bataillent pour intégrer le top 6. Résultat : les matchs à domicile sont sanctuarisés, tandis que les déplacements, notamment chez les cadors, sont souvent réalisés avec des rotations assumées.
L’Union Bordeaux-Bègles illustre cette stratégie : son maître à jouer Matthieu Jalibert n’a participé qu’à trois déplacements sur six possibles. Bordeaux et Toulon ont largement fait tourner à Toulouse, encaissant de lourdes défaites dépassant les cinquante points sur la pelouse d’Ernest-Wallon.
Cette dynamique s’accompagne aussi de défaites plus sévères à l’extérieur et d’une nette baisse des bonus défensifs glanés lors des déplacements. Dès novembre, Sébastien Piqueronies expliquait : « S’il y a un levier que l’équipe recevante active, c’est celui de l’intensité, qui est très élevée », alors qu’« il manque souvent de l’intensité chez l’équipe qui voyage, qui a dépensé beaucoup d’énergie sur sa réception du week-end précédent », d’où « le relâchement en fin de match et ces écarts au score. »
Bayonne et Clermont incarnent parfaitement cette rupture : solides à domicile, ces équipes peinent à reproduire la même performance loin de leurs bases, avec une seule victoire extérieure chacune. Grégory Patat et Christophe Urios peinent à expliquer cette double identité, conscients que « le curseur devra être relevé » pour espérer participer aux phases finales.
Le Top 14 se révèle donc plus intense, plus serré… mais aussi plus impitoyable pour ceux qui voyagent mal.






