
Le Racing 92 n’a pas tardé à mesurer l’ampleur de son pari. Pour son premier match en Top 14, le pilier droit australien Taniela Tupou a frappé fort, inscrivant un doublé face à Montauban (61-16) le 27 décembre. Une entrée en matière spectaculaire pour ce joueur hors normes, aussi redoutable dans les collisions que surprenant dans le jeu de mouvement.
Derrière ce phénomène physique se cache pourtant un parcours marqué par des années contrastées. Longtemps considéré comme l’un des piliers les plus dominants du rugby mondial, Tupou a traversé une période de doutes, freinée par de lourdes blessures et une instabilité sportive. Le colosse tongien n’a jamais caché que cet épisode avait ébranlé ses certitudes, y compris sur le plan mental.
À son arrivée en France, il a choisi d’aborder ce sujet avec autodérision. Dès sa première prise de parole au micro de Canal+, il confiait : « Je n’ai pas assez couru, j’ai trop mangé à Noël. » Une manière d’esquiver les débats récurrents autour de son poids, sans jamais les nier.
### Le choix du défi français
Courtisé par plusieurs cadors européens, Taniela Tupou a finalement opté pour le Top 14, un choix pleinement assumé. Ce virage a été encouragé par le manager du Racing, Patrice Collazo, qui a rapidement saisi l’état d’esprit du joueur : « Pendant les visios qu’on a faites quand on discutait de son transfert chez nous, j’ai senti son envie de se mettre en danger pour trouver un second souffle avant de jouer la Coupe du Monde à la maison en 2027. »
Le Racing n’était pas seul sur ce dossier, comme l’explique Collazo dans L’Équipe : « Quand on l’a approché, le Leinster était dessus et les Irlandais ont des arguments, financiers comme en termes de nombre de matches. Mais j’ai senti que Taniela avait envie de se confronter à la culture française de la mêlée, aux exigences du poste en Top 14. »
Collazo résume ainsi le cœur de son argumentaire : « Mon discours a été de lui dire : “Si tu veux savoir si tu es toujours un des meilleurs piliers du monde, viens jouer en Top 14.” »
### Un profil taillé pour le combat
Dans l’esprit du staff du Racing, Tupou possède les qualités physiques idéales pour le championnat français. Collazo ajoute : « Il est assez bas (1,84 m), il a une force pas possible donc il a les critères physiques pour le Top 14. Comme Uini Atonio ou Ben Tameifuna, Taniela est un mec physiquement excessif et excessivement bonnard. Et bien sûr, comme eux, il a cette dextérité folle. Je ne serais pas étonné qu’il fasse vingt jongles si tu lui files un ballon de foot. »
Sur le terrain, ses coéquipiers découvrent un joueur bien plus complet que ne le laisse supposer son gabarit. L’ailier Wilfried Hulleu confirme : « On pourrait croire qu’il a un jeu lent mais c’est au contraire un gars qui peut accélérer le jeu. En plus, c’est quelqu’un de drôle. Sa joie de vivre fait plaisir à voir. »
Son impact physique ne cesse également de susciter le respect. Le deuxième ligne anglais Jonny Hill le place parmi les références mondiales : « Dans ses bons jours, je le mets au même niveau que Malherbe, Atonio, Sinckler ou Furlong. »
### Un second souffle à confirmer
Après des saisons marquées par les blessures et le doute, Taniela Tupou voit dans le Racing 92 une occasion de renaissance. Son premier match a envoyé un signal fort. Reste désormais à enchaîner, à durer et à prouver, semaine après semaine, qu’il peut redevenir ce pilier destructeur et décisif qui a marqué le rugby international.







