Depuis le début de saison, les grosses affiches du Top 14 programmées en prime time, le samedi ou dimanche soir à 21h, se soldent souvent par des scores très lourds : 61-16, 60-14, 52-7… Ces écarts importants, parfois inattendus, ne suscitent pourtant pas d’inquiétude chez la Ligue Nationale de Rugby (LNR) ni chez Canal+, diffuseur du championnat. Plusieurs facteurs expliquent cette tendance.
Le paradoxe de cette saison, c’est qu’à l’exception de Toulouse, solidement accroché en tête, et de quelques équipes en difficulté comme Montauban et Perpignan, le niveau général s’est resserré. Chaque club semble désormais capable de rivaliser et de s’imposer à domicile, voire de créer la surprise à l’extérieur. Pourtant, les très grands chocs ont rarement tenu leurs promesses, souvent expédiés avec peu de suspense.
Les victoires à l’extérieur restent peu fréquentes dans ces rencontres « premium ». La Section Paloise a fait sensation à Bordeaux, Toulouse a décroché des succès à Clermont et Lyon, mais ce sont les rares exceptions. Le terrain conserve un rôle prépondérant, comme en témoignent les résultats : Toulon a bousculé Bayonne, Toulouse a failli créer l’exploit à Pau, mais dans l’ensemble, l’avantage du public local a pesé lourd.
Toulouse incarne parfaitement cette tendance, enchaînant des démonstrations face à de gros calibres : Castres (59-12), La Rochelle (60-14), Toulon (59-24), Bordeaux (56-13), Racing 92 (48-24), LOU (41-19). Ces matches, pourtant programmés pour offrir le meilleur du championnat en prime time, ont tourné à la démonstration. En moyenne, les équipes jouant à domicile lors des rencontres de soirée s’imposent avec 19 points d’écart, un chiffre qui interroge sur l’attractivité sportive du Top 14.
Face à ces constats, la LNR appelle à ne pas tirer de conclusions hâtives. « Le constat est que le Top 14 est très resserré au classement, ce qui traduit la compétitivité globale du championnat ainsi que l’efficacité des mécanismes de régulation », explique la Ligue. Elle précise que « les écarts observés sur certaines affiches du samedi et du dimanche soir s’expliquent par une combinaison de facteurs conjoncturels – état de forme, enchaînement des matchs, gestion des effectifs, contexte international – et ne remettent pas en cause la densité sportive du Top 14 à l’échelle d’une saison. »
Du côté de Canal+, on adopte un discours pragmatique, rappelant le suspense suscité par plusieurs autres rencontres. La chaîne souligne également que l’attractivité télévisuelle reste forte, comme en témoigne le record d’audience lors de la démonstration toulousaine contre La Rochelle (plus d’un million de téléspectateurs). Ce succès conforte Canal+ dans sa stratégie de programmer ces affiches en prime time, même si les écarts au score peuvent être importants.
Cependant, l’usure des effectifs inquiète en interne. À mesure que la saison avance, les blessures s’accumulent, les rotations deviennent indispensables, et les écarts risquent de se creuser davantage lors des rendez-vous du dimanche soir. Dernièrement, le manager toulonnais Pierre Mignoni a annoncé une rotation de son équipe avant un match face à La Rochelle, preuve que ces rencontres en prime time s’inscrivent aussi dans une gestion à long terme.
« Pour les équipes qui reçoivent en prime time, c’est un gros objectif, analyse Noël McNamara, entraîneur des arrières de l’UBB. Nous, on a fait notre gros match de la saison contre Toulon. Il y a des choix faits par les managers, les conditions de voyage sont différentes et les conditions de récupération pour préparer une semaine courte qui s’enchaîne aussi… C’est dur de mettre la meilleure équipe chaque semaine même si ces matchs-là se disputent entre des concurrents au titre. Beaucoup de facteurs expliquent ces écarts. »
Sur le papier, le Top 14 n’a jamais semblé aussi dense. Mais dans les faits, les grandes affiches du samedi et dimanche soir peinent à offrir le suspense attendu, souvent plombées par la fatigue, la gestion des groupes et le poids du facteur terrain.
Via RMC Sport







