À douze minutes de la fin, le match semblait parfaitement maîtrisé par le Stade Toulousain. Menant de onze points et occupant le camp adverse avec le ballon en main, les Toulousains voyaient leur victoire se dessiner. Pourtant, c’est précisément à ce moment que la rencontre a basculé.
Le tournant est survenu suite à une décision arbitrale controversée sur une touche anodine, punie à quarante mètres de la ligne. Cette erreur a offert à l’USA Perpignan une ouverture inattendue dans le match. « Il y a eu deux ou trois cadeaux qui leur ont été offerts », a admis Paul Graou auprès de Midi Olympique.
Dès lors, Toulouse a perdu le contrôle du tempo. Sur la touche suivante, Perpignan a sécurisé le ballon près de l’en-but et lancé un groupé-pénétrant intense. Les impacts se sont enchaînés, et Tom Ecochard a profité d’un déséquilibre pour décaler Peceli Yato, qui s’est projeté plein axe. L’avance toulousaine a fondu, la confiance a changé de camp, et le stade Aimé-Giral a retrouvé une ferveur que l’on croyait éteinte.
Le match n’a plus été une question de maîtrise, mais de résistance. Acculés, les Catalans ont fait de la défense leur arme principale, grattant chaque ballon et ralentissant les sorties de jeu. « Sur les dix dernières minutes, je pense qu’on a mis un beau rythme, et on surtout a très, très bien défendu. Je pense que c’est notre point fort sur ce match. On n’a rien lâché jusqu’à la fin », a souligné Bruce Devaux.
De leur côté, les Toulousains ont tenté de forcer le jeu. À la 74e minute, une passe après contact mal maîtrisée a offert une opportunité à Alivereti Duguivalu, qui a intercepté et traversé tout le terrain, avant d’être stoppé de justesse par Teddy Thomas et Kalvin Gourgues. Mais le danger était loin d’être écarté.
Sur la touche suivante, Perpignan a appuyé son effort, s’appuyant sur ses avants. Les mauls ont progressé, les portés ont épuisé la défense stadiste, jusqu’à ce que le remplaçant Joaquin Oviedo termine l’action par un essai révélateur du renversement du rapport de force. Léo Banos, Toulousain, a analysé ce temps fort : « On était bien en défense puis on s’est loupé sur deux, trois actions. Et avec leurs gros porteurs, ils nous ont fait mal. »
Les cinq dernières minutes ont été une lutte acharnée pour la survie. Toulouse a multiplié les relances et étalé son jeu dans tous les sens, cherchant à imposer une pression maximale. « Il y a eu du stress quand même, parce que Toulouse jouait de partout », confie Max Granell. Mais la différence s’est faite dans les esprits. « Mais on est mieux mentalement, ça s’est vu », ajoute Bruce Devaux.
Le symbole fort de cette fin de match est à mettre au crédit d’Antoine Aucagne, longtemps éloigné des terrains, qui a remporté un dernier ruck décisif. Un dégagement signé Théo Forner a permis à Aimé-Giral d’exploser de joie. « Quand on a dégagé en touche à la fin, ce n’était que de la joie, la plus belle que j’ai connue dans ce stade. Il y avait aussi de la fierté vis-à-vis du public qui nous a tant poussé. Il n’y a pas de mots pour décrire ça », a-t-il confié.
Au-delà du simple renversement de score, cette fin de match a révélé un basculement mental décisif. Toulouse a laissé filer une rencontre qu’il contrôlait, tandis que Perpignan a démontré qu’il pouvait encore la remporter.







