Sixième du Top 14 et toujours en lice pour la qualification, l’Aviron Bayonnais affiche un paradoxe inquiétant cette saison. Invaincu à domicile, le club basque construit sa réputation sur sa forteresse de Jean-Dauger, mais sombre à l’extérieur, où ses résultats déclinent dangereusement.
Sur son terrain, Bayonne a remporté ses sept matches, accumulant 30 points, soit la quatrième meilleure performance à domicile du championnat. Même dans le suspense, comme face au Stade Français (35-34), les Ciel et Blanc trouvent les ressources pour s’imposer. Mais dès qu’ils quittent le Pays basque, les choses se compliquent.
En déplacement, l’Aviron pointe à la 12e place du Top 14, avec seulement 4 points pris en six rencontres. Si son attaque reste modestement productive (123 points marqués), c’est surtout la défense qui alerte : 251 points encaissés, une moyenne déroutante, dépassée uniquement par le promu Montauban. Par ailleurs, le club se happe difficilement le ballon, avec 15’50 de possession et 7’55 d’occupation, des indicateurs faibles dans le championnat.
Une série noire s’est installée, depuis le succès inaugurale à Perpignan (19-26). Bayonne a enchaîné plusieurs lourdes défaites à l’extérieur : Castres (48-17), Pau (47-24), Bordeaux-Bègles (41-12), Racing 92 (47-27), La Rochelle (49-17), sans oublier une véritable correction en Coupe des champions chez les Harlequins (68-14) en décembre.
Face à cette accumulation d’échecs, le président Philippe Tayeb a décidé de sortir du silence en début de semaine dans une interview à L’Équipe : « Ce qui m’inquiète le plus, ce ne sont pas les résultats mais le comportement. L’état d’esprit ne correspond pas à celui qu’on peut avoir à la maison. On ne peut pas accepter de prendre en moyenne 45,5 points en déplacement. Moi, je ne serai pas le président qui accepte ça. »
Ce message fort a été adressé directement aux joueurs et au staff lors d’une réunion avec Laurent Travers, le directeur du rugby. La rencontre a permis un diagnostic précis sur la première moitié de saison : conquête, efficacité, rares bonus obtenus, et surtout incapacité à exister hors de Jean-Dauger ont été passés au crible.
Interrogé sur un éventuel désaveu du manager Grégory Patat, Philippe Tayeb balaie cette idée : « Pas du tout. On est en marche pour la qualification mais on a quatre points de moins que l’année dernière à la même époque (4e du classement avec 38 points fin 2024 contre une 6e place et 34 points aujourd’hui). On a simplement fait un constat constructif comme le font toutes les équipes en France à la mi-saison. »
Le président insiste sur l’esprit d’accompagnement : « On est là pour aider les joueurs et faire grandir le club. On a demandé aux leaders de nous faire un retour des moyens qu’ils souhaitaient avoir pour casser cette dynamique négative à l’extérieur. De quoi ont-ils besoin pour sortir de cette psychose et ces défaillances ? Un préparateur mental ? Une préparation logistique ? On leur a demandé de réfléchir. »
Ce travail a été lancé avant le déplacement crucial à Montpellier Hérault Rugby, ce samedi (16h35). Philippe Tayeb, soucieux d’encourager son équipe, l’accompagnera même en avion privé pour maximiser ses chances. Selon lui, « Les joueurs et le staff étaient vraiment réceptifs et enthousiastes ».
Le contexte reste toutefois fragile, avec une infirmerie surchargée qui a parfois contraint le staff à intégrer de jeunes joueurs dans des conditions difficiles, notamment en Coupe d’Europe. Mais le président refuse toute excuse : « On peut toujours trouver des excuses, comme les blessés. Mais pourquoi y en a-t-il autant ? Est-ce qu’on a bien préparé l’intersaison ? Il y a tellement de questions. Mais moi, je ne peux pas être passif et fataliste. Le rôle du président, c’est d’anticiper ces problèmes-là. Sinon, ça ne sert à rien que je sois là. »
Avant de conclure avec une exigence claire : « On doit être capable de jouer notre rugby de Jean-Dauger à l’extérieur. Ce n’est pas pour ça qu’on va gagner mais ce serait déjà un changement d’attitude que de perdre de cinq ou six points avec enfin un bonus. Encore une fois, on ne peut pas en prendre 45 à chaque match ! »
Ce samedi, presque un an jour pour jour après une lourde défaite inaugurale (42-10), l’Aviron Bayonnais est attendu au tournant à Montpellier. Plus que le résultat, c’est une réaction collective et mentale que réclame désormais la direction du club.







