Le déplacement au Septeo Stadium devait être un test grandeur nature pour l’Aviron Bayonnais. Il s’est transformé en une déroute cinglante. Battu 62-22 par Montpellier Hérault Rugby, Bayonne a concédé sa plus lourde défaite à l’extérieur en Top 14 cette saison, sombrant une fois encore loin de son terrain de Jean-Dauger.
Cette débâcle dépasse le simple cadre sportif et ravive une profonde incertitude en interne. Présent sur place, le président Philippe Tayeb, arrivé en avion privé et omniprésent autour du terrain, n’a pu inverser la tendance. Passant de la tribune où il était assis en première période au bord de la pelouse en seconde, souvent absorbé par son téléphone, Tayeb a assisté, impuissant, à un match déjà plié à la mi-temps (34-10). Une image emblématique d’un club incapable de reproduire à l’extérieur les performances qu’il construit à domicile.
La semaine avait pourtant démarré sous le signe de l’avertissement. « On ne peut pas en prendre 45 à chaque match », avait lancé Tayeb. Dès lundi, joueurs, staff et encadrement avaient été réunis, le président accompagné de Laurent Travers, dans le but d’identifier les failles persistantes d’une équipe solide à domicile mais fragile hors de ses bases.
Au micro de Canal+ samedi soir, Tayeb n’a pas caché son exaspération. « Il y a un petit moment que j’ai tiré la sonnette d’alarme sur différents sujets, je n’ai peut-être pas été entendu », a-t-il reconnu. Avant de prévenir : « Il faudra prendre des décisions. Fortes ? Je ne sais pas… Mais améliorer ce qui se passe c’est obligatoire. »
Ses propos, volontairement ambigus, ont nourri toutes les spéculations sur l’avenir du staff : « On manque aujourd’hui de contenu, de travail, peut-être même de dynamique. Parfois, des changements de discours peuvent amener de la fraîcheur et ça peut être très positif. »
Interrogé sur la place de Laurent Travers, arrivé l’été dernier dans un contexte déjà sensible, Tayeb admet que l’intégration fut délicate. « L’arrivée de Laurent n’a pas fait l’unanimité. Mais quand je l’ai nommé avec le conseil d’administration, on pensait que c’était la personne de la situation. Pas pour remplacer qui que ce soit, juste pour nous faire grandir et nous transmettre son expérience. »
Mais la réalité est là : « Ça n’a pas eu l’effet escompté. » — « Non car il (Laurent Travers) n’intervient pas dans le sportif… jusqu’à ce soir. » Cette dernière phrase, lâchée avec un sourire énigmatique, sonne comme un avertissement discret mais lourd de conséquences.
Dans ce climat tendu, l’avenir de Grégory Patat est au cœur des discussions. Manager prolongé jusqu’en 2028, il affiche pourtant un discours volontairement droit : « Je continue à travailler, je ne me pose pas la question. Je suis là pour avoir des résultats, c’est clair que… Chaque manager est soumis aux résultats mais aujourd’hui je n’ai aucun signal qui va dans ce sens. »
Un message en contradiction avec celui de Tayeb, qui semblait à l’inverse émettre publiquement des signaux d’inquiétude.
La confusion s’est accentuée à la fin de la conférence de presse. Selon Sud Ouest, Jean Monribot, ancien troisième-ligne et actuel entraîneur des Espoirs, serait une piste envisagée par Tayeb pour renforcer le staff, contre l’avis de Patat. Ce dernier, visiblement dépité, a réagi : « Il faut le demander à Philippe. J’ai ma position vis-à-vis de Jean, j’en ai discuté avec lui, mais ce n’est pas moi le patron. Le patron, c’est qui ? Philippe Tayeb. »
Au classement, Bayonne n’est ni relégable, ni décroché : huitième, à seulement deux points du top 6. Pourtant, cette dynamique extérieure négative, les tensions internes et la communication brouillée donnent l’image d’un club en déséquilibre et loin de la sérénité attendue après sa demi-finale la saison dernière.
La semaine s’annonce donc lourde à Bayonne…







