Il y a encore quelques mois, Domingo Miotti paraissait destiné à s’effacer durablement du paysage montpelliérain. Aujourd’hui, l’ouvreur argentin s’est réimposé comme un élément clé du Montpellier Hérault Rugby (MHR), incarnant un retour aussi inattendu que spectaculaire.
Samedi, face à l’Aviron Bayonnais, Miotti a livré une prestation magistrale lors de la large victoire de son équipe (62-22). Avec 22 points inscrits, un essai marqué (66e), une passe décisive au pied pour Arthur Vincent (40e), une ouverture ajustée vers Alexander Masibaka (72e), une transversale parfaite avant l’essai de Marco Tauleigne (80e) et l’initiation d’une action conclue par Tom Banks (17e), il a dépassé la simple performance statistique. Mais c’est surtout son parcours qui interpelle.
Car Miotti revient de loin. La saison dernière, il n’avait disputé que cinq matchs, freiné par un genou droit capricieux qui l’empêchait d’enchaîner les rencontres. Une série de blessures qui avaient nourri les doutes et la réputation d’un recrutement raté. Même son manager Joan Caudullo exprimait ses réserves dans L’Équipe : « Je ne pensais pas le revoir à ce niveau-là. Beaucoup de gens pensaient comme moi car il avait des problèmes physiques. Aujourd’hui, on retrouve un très bon joueur de rugby. »
Ce renouveau n’a rien d’éphémère. Titulaire à l’ouverture lors des cinq dernières journées de Top 14, Miotti totalise cette saison treize apparitions, dont onze en tant que titulaire – une régularité inimaginable il y a un an, quand Stuart Hogg devait dépanner en numéro 10 et qu’Hugo Reus avait été recruté en urgence.
Arrivé à l’été 2024 en provenance d’Oyonnax, l’Argentin avait pourtant connu un début de saison compliqué avant de disparaître des terrains en octobre, victime d’un genou douloureux et enflé. Joan Caudullo rappelait alors : « Domingo avait du mal à enchaîner les séances d’entraînement. Il souffrait de tous les muscles situés autour de son genou : une fois c’était le quadriceps, une fois les ischio-jambiers. » Pour le joueur, cette épreuve fut « la pire saison de (sa) vie ».
Le contraste est saisissant. Samedi soir, le sourire retrouvé, Miotti confiait : « Ça me fait très plaisir d’enchaîner les matches. J’étais venu ici pour jouer au rugby, donc c’était très dur la saison dernière mais ça m’a donné beaucoup d’envie pour cette saison, j’ai travaillé dur pour revenir et j’en profite aujourd’hui. »
Désormais associé à Ali Price, qu’il connaît bien depuis leur passage commun à Glasgow, Miotti est la parfaite incarnation du projet pragmatique de jeu de Montpellier, soutenu par un pack dominateur.
L’avenir, en revanche, reste incertain. En fin de contrat à l’issue de la saison, l’Argentin n’a pas encore reçu de proposition ferme. Le club avance prudemment, conscient que Stuart Hogg est toujours sous contrat et que l’arrivée annoncée d’Adam Hastings pourrait redistribuer les cartes au poste d’ouvreur.
Mais une chose est sûre : en quelques semaines, Domingo Miotti est passé du statut d’énigme médicale à celui de solution crédible. Et Montpellier mesure désormais à quel point ce come-back change la donne.







