Il y a des victoires qui vont bien au-delà du simple score. Celle de l’USAP contre le Stade Toulousain samedi à Aimé-Giral (30-27) en fait largement partie. Plus qu’un succès sur le fil, elle symbolise la renaissance d’une équipe qui a retrouvé son identité, un public qui a retrouvé sa ferveur, et un club qui a renoué avec l’espoir.
Il y a seulement deux mois, l’ambiance était bien différente. Après une défaite cinglante face au Stade Français (11-28), les tribunes se vidaient et la défiance s’installait. Ce samedi, Aimé-Giral a vibré comme rarement, porté par une ferveur collective que le nouveau manager, Laurent Labit, n’a cessé d’appeler de ses vœux. « J’espère que le public a trouvé, en tout cas sur l’état d’esprit, une équipe à laquelle il peut s’identifier », confiait-il à L’Indépendant, lucide mais satisfait.
Cette reconnexion avec les supporters était une urgence. Le jeu pouvait encore être perfectible, les résultats fragiles, mais Perpignan devait redevenir reconnaissable. Désormais, même dans la difficulté, l’USAP ne triche plus. Un esprit que le public perçoit, accepte et rétribue généreusement. « Il est toujours présent de toute façon », rappelle Labit, et samedi, sa présence a fait toute la différence.
Après l’essai de Peceli Yato à l’heure de jeu, le stade a basculé dans une autre dimension. Un grondement continu, presque palpable, a accompagné chaque action décisive : l’interception d’Alivereti Duguivalu, l’essai de Joaquín Oviedo, la transformation d’Antoine Aucagne, la mêlée obtenue dans les dernières minutes, puis l’ultime interception salvatrice. Le stade n’était plus simple spectateur, il s’était fait acteur. « Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu autant de bruit ici », confiait un proche du club, encore marqué par l’intensité du moment.
Sur la pelouse, les joueurs ont pleinement ressenti cette atmosphère unique. « Il n’y a même pas de mots pour décrire cette ambiance », admettait Maxim Granell, encore ému. « C’est de la fierté d’avoir le public qui nous suit comme ça, qui nous gueule derrière. C’est le meilleur moment de ma carrière. C’était incroyable ! »
Au-delà de l’émotion, cette victoire illustre une véritable évolution, d’abord dans les esprits. « Avant, on avait une sorte de peur. Mais là, quand on se regarde dans les yeux, ça se voit qu’on est prêts. Je pense qu’on a vu le vrai visage de notre équipe », expliquait Giorgi Tetrashvili après la rencontre contre Clermont.
Un sentiment partagé samedi par Bruce Devaux : « Mentalement, on est mieux qu’en début de saison. Avant, surtout en deuxième mi-temps, on lâchait un peu ». Le pilier soulignait aussi le travail invisible, celui qui transforme une équipe : « Il y a tous les mecs qui travaillent énormément. Même pendant les vacances, pendant les fêtes, etc. On a fait des extras dehors avec Lucas Velarte notamment. Je pense que c’est très important et ça va mener l’équipe à la victoire ».
Cette métamorphose ne relève pas du hasard. Elle repose sur un discours clair et une exigence retrouvée. « On enchaîne les bonnes prestations à ce niveau-là », insistait Laurent Labit, avant de rappeler l’objectif : « On veut laisser le club en Top 14. Pour ça, il faut que les joueurs soient à leur meilleur niveau. Le maillot, il appartient à l’USAP. Il n’appartient pas aux joueurs. Il faut qu’ils aillent le chercher, qu’ils méritent de jouer. Et il faut être au niveau de ce public. C’est cette communion-là qui fera que le club continuera à grandir et revivra de belles heures comme il a vécu. C’est ce qu’on cherche. »
En ce début d’année, Perpignan a envoyé un message clair : l’USAP ne se satisfait plus de survivre, elle se bat pour redevenir elle-même.







