De plus en plus de matches de Top 14 se terminent par des écarts de score impressionnants. Dimanche soir, le Rugby Club Toulonnais a subi une lourde défaite 66-0 face au Stade Rochelais. Une déconvenue en partie expliquée par la volonté du manager Pierre Mignoni de faire tourner son effectif.
Interrogé par Sud-Ouest, le manager bordelais Yannick Bru a livré son analyse sur ces larges défaites et les enjeux qui les sous-tendent. Selon lui, “il y a deux formes de grosses défaites. Lorsqu’on aligne une équipe compétitive, ou quand on opère un turnover important pour faire reposer des cadres et donner du temps de jeu à des jeunes. Dans le premier cas, le Top 14 2025-2026 marque un changement important.” Il précise que la moindre déconcentration ou sous-estimation mène à un “naufrage assuré”, car “le championnat est devenu tellement concurrentiel, les équipes ont tellement de pression quand elles reçoivent, qu’elles jouent des matchs de phase finale dans l’engagement.”
Yannick Bru souligne aussi l’impact du calendrier, notamment le match du dimanche soir à 21 heures, fréquemment pointé du doigt par les entraîneurs. “C’est souvent le match du dimanche à 21 heures qui est une épine dans le pied, notamment les semaines avant la Champions Cup. Tu sais déjà que statistiquement, tu as peu de chances de l’emporter, que tu vas rentrer chez toi a minima à 4 heures du matin alors que la récupération est importantissime. Ça pousse parfois les managers à ne pas jouer le jeu. C’est regrettable.”
Face à cette situation, Bru évoque la suppression des phases finales comme seule solution durable pour limiter ces larges turnovers : “Ça fait toujours mal au cœur de ne pas défier un gros club du Top 14 avec toutes ses forces vives. Aucun manager ne prépare un match pour le perdre. Mais c’est utile pour le moyen terme, comme l’a souligné Pierre Mignoni ce week-end. […] Mais si on ne veut pas ça, faisons comme le foot : un championnat sans phase finale. Et tout le monde ira batailler partout. Mais ça irait à l’encontre de la tradition. La formule actuelle du championnat permet certaines impasses et les doublons.”
En revanche, il se montre sceptique sur la piste évoquée par Pierre Mignoni concernant l’instauration d’un salary cap : “Pierre Mignoni a lancé la piste du salary cap. Je ne sais pas si c’est la solution.” Il met surtout l’accent sur l’épuisement des joueurs : “Le rugby est vraiment devenu un combat de boxe à chaque match, et on ne demande pas à un boxeur de disputer 25 combats par an. Il y a énormément de blessés dans tous les effectifs.” Pour lui, la gestion des effectifs est un casse-tête quotidien, au point d’avoir “parfois l’impression d’être un DRH et non plus un entraîneur de rugby.”
Enfin, Yannick Bru cible principalement la Coupe d’Europe dans la réflexion sur la réduction du nombre de matchs à disputer : “Il y a un enchevêtrement de compétitions, mais on le disait déjà il y a vingt ans. Ce qui a changé, c’est que le rugby est devenu plus exigeant, plus brutal. Dire qu’il faut moins de matchs, c’est la voix de la sagesse. Mais on reste le seul championnat qui s’appuie sur une économie positive qui génère et protège des emplois. À côté, la Coupe d’Europe commence à susciter beaucoup de questions et de perplexité. Je peux faire un constat, mais je ne me sens pas légitime pour apporter une solution magique. Ce n’est pas mon métier.”







