Le dimanche soir, censé être la vitrine du Top 14, cristallise aujourd’hui de nombreuses frustrations. Alors que le rugby français bénéficie d’une exposition médiatique sans précédent, ce créneau dit « primetime » donne lieu à des rencontres souvent sans suspense, marquées par des scores fleuves et des rotations massives qui dénaturent les affiches.
Dernier exemple en date : La Rochelle – Toulon. Dès le premier quart d’heure, le match avait perdu tout intérêt. Toulon, privé de 19 joueurs en raison de blessures et de repos obligatoires, avait aligné une équipe très jeune, incapable de rivaliser durablement. Le score final, 66–0, témoigne d’une démonstration maritime sans la moindre incertitude.
Des scores jamais vus dans l’histoire moderne du championnat
Ce phénomène n’est pas un simple accident. Depuis le début de la saison, les « non-matches » se multiplient :
– 31 matchs avec au moins 25 points d’écart
– 36 fois une équipe a dépassé les 40 points
– 17 fois plus de 50 points ont été inscrits
– 8 fois plus de 60 points ont été atteints
– 19 points d’écart en moyenne par rencontre
Du jamais vu après seulement 14 journées. Même les géants du championnat en sont victimes : Toulouse – La Rochelle (60–14), Toulouse – Bordeaux (56–13) ou encore Bordeaux – Racing (66–20) ont donné lieu à des démonstrations à sens unique.
Blessures, cadences infernales et rotations assumées
La principale cause est connue : « le calendrier est devenu indigeste ». Entre Top 14, Champions Cup, tournées internationales, déplacements en Afrique du Sud et matches en doublon, les staffs doivent impérativement hiérarchiser leurs priorités.
Pour certains déplacements, il est devenu rationnel de « laisser filer », tandis que pour d’autres, il faut « charger » afin d’assurer cinq points à domicile. Certains entraîneurs ne parlent plus de gestion mais de survie. Et dès l’automne, les infirmeries débordent.
Un paradoxe : le public est là… mais le contenu interroge
Fait étonnant, le public ne se détourne pas du spectacle. Les stades affichent complet et les audiences télé restent solides. La rencontre La Rochelle – Toulon a rassemblé plus de 500 000 téléspectateurs, tandis que Toulouse – La Rochelle a dépassé le million en décembre, un record.
Mais une interrogation demeure : « pour voir quoi ? »
Canal+, diffuseur majeur avec une enveloppe annuelle de 125 millions d’euros, observe cette dérive avec inquiétude. La chaîne mise sur ce créneau dominical comme une vitrine et attend des affiches à la hauteur.
Un proche de Canal+ a confié à Midi Olympique : « Le Top 14 reste un produit très fort, en attestent ses audiences régulières, à la télé comme au stade. Si je regrette quelque chose, c’est néanmoins que les gros s’évitent régulièrement en phase régulière avant d’aligner leur équipe type pour prendre cinq points face aux petits… »
Un produit fragilisé par sa propre exposition
Le paradoxe est manifeste : jamais le Top 14 n’a été aussi visible, mais son match phare n’a jamais été aussi prévisible.
Les dirigeants du rugby professionnel en ont pleinement conscience : si la santé des joueurs est un enjeu prioritaire, la valeur du produit dépend avant tout de sa capacité à offrir du spectacle.
Midi Olympique propose ainsi une piste pour endiguer cette dérive : instaurer un point de malus pour l’équipe battue par plus de 40 points afin de limiter les impasses et les scores fleuves.







