À Perpignan, le dossier Posolo Tuilagi fait à nouveau débat. Ce phénomène physique de 21 ans impressionne par son potentiel, mais suscite aussi des inquiétudes quant à sa condition physique et sa préparation, autant du côté du club que du staff.
Fin novembre, l’USAP a surpris en changeant radicalement de ton. Lors d’une conférence d’après-match après une lourde défaite contre Montpellier, Laurent Labit, le nouveau manager, a adressé une mise au point ferme à plusieurs joueurs, ciblant directement Tuilagi, alors encore gêné par une blessure au genou :
« On attend la meilleure version de nos joueurs. Le Championnat est d’une densité terrible, il faut faire davantage, Posolo le premier. On ne peut pas revenir de dix jours d’arrêt avec cinq ou six kilos en trop, ça met en difficulté la reprise. On ne peut pas avoir des charges cohérentes et à la sortie, on se blesse… »
Cette sortie publique a immédiatement provoqué une réaction dans la famille du joueur. Sur Facebook, son père Henry a répondu avec ironie : « C’est normal, c’est mon petit qui perd le match, j’accepte », avant de venir chercher des explications auprès du président François Rivière.
Interrogé par L’Équipe, ce dernier relate son échange avec Henry Tuilagi : « Il était un peu contrarié et c’est normal, mais il a compris que j’étais totalement solidaire des propos de Laurent Labit. Je lui ai dit que son fils est aujourd’hui une référence absolue au club, un facteur X, Y ou Z, peu importe, un joueur de ce calibre-là en tout cas. Mais avec tout ce qu’il représente en termes d’évolution sportive, d’intégration dans cette société catalane et maintenant de rémunération, il doit être astreint à des exigences d’hygiène de vie qui doivent être totales. Donc Laurent a très bien fait d’évoquer le sujet et Henry l’a très bien compris. Vu la situation du club, on était en droit de rappeler les joueurs au respect de certaines exigences. C’est tombé sur Posolo car il était en zone disons orangée à ce moment-là. »
Le poids et la gestion du corps de Tuilagi constituent en effet un vrai défi. Officiellement mesuré à 1,92 m pour 145 kg, le jeune joueur s’est longtemps appuyé sur sa puissance physique naturelle. Mais les blessures se sont multipliées depuis 2024 : double fracture tibia-péroné, fracture de fatigue, entorse, retard de forme… sa saison 2025 a ainsi été limitée à seulement dix matches.
En interne, sous couvert d’anonymat, certains admettent la difficulté à trouver le bon équilibre. Comme l’explique L’Équipe : « On parle d’un garçon encore très jeune qui, sans faire forcément attention à son corps, a toujours marché sur tout le monde sur les terrains. Dans la famille, il y a de sacrés repas (rires). Et lui n’a peut-être pas un squelette super solide, donc s’il dépasse les 150 kg, il devient sujet à des blessures comme sa fracture de fatigue cet été. Il s’en rend compte aujourd’hui. »
Laurent Labit ne cache pas ses ambitions pour Tuilagi : « La norme pour un tel joueur, ce ne doit pas être d’être titulaire à l’USAP », lance-t-il, avant d’ajouter : « À 21 ans, il a un potentiel physique et rugbystique incroyable, il doit être régulièrement avec l’équipe de France et jouer les plus grands matches internationaux. Si physiquement il est bien, il n’y a pas sur la planète un autre joueur de rugby comme lui à cet âge-là. »
Le manager a même fixé un objectif précis : « L’objectif en termes de poids, pour être performant aujourd’hui, c’est 148 kg », tout en rappelant la dure réalité : « Sur l’année 2025, il n’aura joué que dix matches. »
Pour Labit, le coup de gueule public visait à « crever l’abcès » : « Évidemment qu’il était vexé, mais on s’est rapidement expliqué », confie-t-il, assumant pleinement sa méthode. « J’ai parlé de Posolo, car il s’est blessé ce jour-là, mais il y avait alors beaucoup de joueurs qui, depuis le début de la saison, n’étaient pas au rendez-vous pour diverses raisons de manque de sérieux, de professionnalisme. Lui n’était pas revenu de vacances avec l’objectif de poids fixé donc je l’ai pris en exemple. Ça s’est réglé depuis et il travaille très bien ces dernières semaines. »
Le message semble avoir porté ses fruits. Le staff observe désormais une évolution : « On a senti un garçon assidu, qui a bien travaillé, avec un bon état d’esprit. C’est le joueur qu’on attend et on a hâte de le retrouver sur le terrain, qu’il puisse enchaîner les matches, parce qu’on a absolument besoin de lui. »
L’USAP mise donc sur une reprise durable de Tuilagi, non seulement pour assurer son maintien sportif, mais aussi parce que le joueur est devenu un symbole, un investissement et un pari d’avenir.







