Fabien Barcella, ancien pilier international français, s’est livré sans détour dans les colonnes du journal L’Équipe, livrant un regard franc sur son parcours, ses idoles et l’évolution du rugby moderne.
L’ex-joueur du Biarritz Olympique n’a pas caché son admiration pour William Servat. « Physiquement, c’est William Servat. C’était un extraterrestre, un monstre physique. Il dégageait une puissance phénoménale. On ne le surnomme pas la “bûche” pour rien. Sa force pure était vraiment impressionnante. Techniquement, c’est Dimitri Yachvili. Tout était facile pour lui. Un peu comme lorsqu’on voyait jouer Zizou (Zinédine Zidane). “Yach” était au-dessus dans la gestion et la vision du jeu. »
Barcella n’a pas hésité à évoquer les adversaires contre lesquels il redoutait de jouer. « Je me souviens de rencontres très compliquées contre les Italiens face à des mecs comme (Martin) Castrogiovanni et (Carlos) Nieto. On n’aimait pas les jouer. C’étaient des tricheurs. Ils te parlaient systématiquement dans “le beignet”. J’ai eu la chance de ne pas participer à l’épisode malheureux de 2011 (défaite 22-21 des Bleus à Rome) parce que j’étais blessé… Les Argentins avaient aussi de sacrés clients en mêlée comme (Martin) Scelzo. »
L’ancien pilier a également raconté quelques-unes de ses plus grosses soirées festives. « Il y en a eu un paquet (rires). Celle après la victoire en Amlin Cup (devenue Challenge Cup) en 2012, la seconde division de la Coupe d’Europe, était pas mal. On avait pris le pick-up d’Arnaud Héguy et on s’était mis à une quinzaine dessus pour faire le tour des bars. Évidemment, il y a aussi la bringue après la finale de Coupe du monde 2011 (défaite 8-7 contre la Nouvelle-Zélande à Auckland). On n’avait pas dormi pendant deux ou trois jours. Je me souviens d’une réception après la finale. Ils avaient sorti le tapis rouge aux Blacks. Il n’y en avait que pour eux alors qu’ils nous avaient parqués dans un coin. On chantait une chanson paillarde. On s’était fait parler sèchement par les organisateurs et ils nous avaient mis un peu dehors. »
Interrogé sur la fin de sa carrière marquée par les blessures, Barcella ne nourrit aucun regret. « Non, l’histoire est faite comme ça. C’est très difficile de revenir quand on se pète. Je n’ai jamais véritablement retrouvé mon 100 %. Mais je n’ai rien à regretter. Je me suis accroché toute ma carrière, je suis allé à 1 000 % de mes capacités. Deux ans avant ma première sélection, j’étais en Fédérale 1. Je suis hyper content de ce que j’ai vécu. C’est devenu un autre rugby fait de plein de datas. »
Pour lui, la modernisation du rugby a complètement changé la donne. « Aujourd’hui, tout est mesuré. Ça va loin. J’étais rincé mais c’est aussi tout ça qui m’a fait arrêter. Ça fait un peu oreillette dans le Tour de France… Moi, j’avais connu un peu le niveau amateur à Auch. Il n’y avait même pas de salle de musculation. Et d’un seul coup, tu te retrouves avec des GPS dans le dos. Le moindre mètre parcouru par seconde, le moindre plaquage, tout a été analysé et décortiqué. À 34 ans, je n’avais plus envie de ça. »
Il admet ne pas regretter d’avoir raccroché les crampons, confronté à cette nouvelle ère : « Je me suis dit “mais qu’est-ce que ça fout là ?” Quand je suis arrivé au BO, on était une bonne bande de potes. C’était professionnel, certes. Mais il y avait toujours cette partie de rigolade et de bringue. On faisait de bons apéros. D’un seul coup, on a débarqué dans la stat. Le rugby s’est modernisé et moi j’arrivais en fin de cycle. C’est hyper intéressant mais, vu mon parcours, c’était délicat. »
Enfin, l’ex-international a expliqué pourquoi il n’a jamais envisagé une reconversion comme entraîneur. « Non, ça ne m’a jamais tapoté l’esprit. C’est un vrai métier. J’ai l’impression que c’est un peu la solution de facilité alors que ça demande une réelle vocation. J’ai joué avec Fabien Cibray (l’ancien demi de mêlée est aujourd’hui manager d’Oyonnax). Lui avait le profil type. Bernard Laporte lui avait d’ailleurs dit qu’il serait un grand entraîneur. Benoît Baby (sélectionneur de France 7) et Arnaud Héguy (désormais dans le staff des moins de 20 ans) avaient ça aussi dans la peau. Moi, je n’étais pas fait pour ça. »
À travers cet entretien, Fabien Barcella livre le portrait d’un homme attaché à ses racines, conscient des mutations du rugby et fidèle à lui-même.







