Henry Pollock, tout juste âgé de 21 ans, s’impose déjà comme un joueur qui fait du bruit, sur et en dehors du terrain. Dimanche, le troisième-ligne anglais a inscrit un doublé sous une ambiance électrique au stade Chaban-Delmas, où ni le public bordelais ni l’UBB ne lui ont laissé le moindre répit.
**Un accueil hostile dès l’échauffement**
Le contexte entre Bordeaux et Northampton était tendu. Depuis la finale perdue l’an dernier, Pollock cristallise la rancune du côté girondin. Résultat : dès l’annonce des compositions, il a été hué, puis sifflé à chacune de ses apparitions sur l’écran géant. Même lorsqu’il est resté au sol pour recevoir des soins, le stade l’a conspué, refusant de lui accorder un instant de répit.
Là où certains auraient baissé la tête, Pollock a choisi de répondre sur le terrain. Et sa première riposte a été spectaculaire.
**Un premier essai en mode funambule**
Sur un coup de pied parfaitement ajusté d’Anthony Belleau, Pollock a jailli comme un ailier, sautant l’intervalle. Après un petit ballon par-dessus Damian Penaud, il a accéléré pour conclure dans l’en-but au bout de dix minutes. Une action qui a mis en lumière son opportunisme et sa vivacité.
Inévitablement, il n’a pas résisté à la tentation de chambrer le virage sud : d’abord, un doigt sur la bouche pour faire taire le public, puis sa traditionnelle célébration, deux doigts sur la gorge, comme pour prendre son pouls. Une provocation assumée, peu appréciée dans les tribunes.
**Du talent… et des erreurs de jeunesse**
Sur l’engagement suivant, Pollock a payé cash ses choix. Ciblé, il a commis un en-avant qui a offert dix minutes de mêlée aux Girondins dans leurs 22 mètres. Rappel cruel qu’à seulement 21 ans, il doit encore apprendre à maîtriser son sang-froid dans les moments clés.
Les joueurs de l’UBB ne l’ont pas lâché. Après une accélération où Pollock élimine Matthieu Jalibert d’un cadrage-débordement, c’est Louis Bielle-Biarrey qui a riposté immédiatement : plaquage violent, ballon arraché, hurlement en pleine figure… et même une main appuyée à l’arrière du crâne signée Nicolas Depoortere. Le message était clair : ici, il ne gagnera rien sans bataille.
**Pollock au centre de l’histoire… mais pas de « fixette »**
En sortie de match, Maxime Lamothe a assuré que l’UBB ne nourrissait aucune « fixette » sur Pollock. Une lecture un peu plus nuancée que celle de Noel McNamara, l’entraîneur de l’attaque, qui assume volontiers le rôle du « méchant » que l’Anglais incarne aux yeux du public français.
L’Irlandais a salué son joueur via *L’Équipe* : « C’est un joueur magnifique, il a beaucoup de caractère ». Dans un club qui valorise la liberté et la personnalité, le message est clair : « Ici à l’UBB on encourage les joueurs à être eux-mêmes, exprimer leur individualité dans le collectif. Et lui fait ça très bien. Je lui dirais : « ne change pas, sois la meilleure version de toi-même ». Et au final, il sera jugé sur ses qualités de joueur. Tout le reste deviendra accessoire. »
Les sifflets, les provocations, le « cirque », comme le résume McNamara, ne sont que temporaires. Sur le terrain, seul le talent compte.
Henry Pollock l’a encore prouvé dimanche. Et ce n’est sans doute que le début.







