Pierre-Henry Broncan bientôt à la tête de la sélection géorgienne
En fin de contrat avec le CA Brive en juin prochain, Pierre-Henry Broncan a choisi de quitter le club corrézien pour devenir le nouvel entraîneur de la sélection de Géorgie. Une mission ambitieuse pour le technicien français, qui succède à une tradition marquée par une culture locale forte.
Interrogé par L’Équipe, Broncan avoue ne pas parler la langue locale. “Un seul : gamarjoba. Ça veut dire bonjour. Mais je ne suis pas inquiet. J’ai discuté avec Willy Sagnol (sélectionneur de l’équipe de football de Géorgie depuis 2021). Il m’a dit : ‘Ne t’embête pas à vouloir apprendre le géorgien parce que c’est vraiment une langue trop compliquée !’ On se connaît par l’intermédiaire de Joe Worsley (ancien adjoint de Broncan à Castres et Brive). On a beaucoup échangé sur la culture du pays et la vie sur place. C’était intéressant car il connaît très bien la mentalité géorgienne.”
Broncan décrit un pays marqué par une histoire mouvementée et une forte identité guerrière. “C’est un petit pays avec un peu plus de 4,5 millions d’habitants. La Géorgie a tout le temps été envahie, que ce soit par les Grecs, les Turcs ou les Russes. Ils ont un peu une mentalité de guerriers et on le ressent. Au premier abord, les joueurs peuvent être très froids parce qu’ils sont très méfiants. Mais avec de la confiance, ils donnent tout sur le terrain. Ils ont besoin d’échanges.”
Ce nouveau défi représente un grand changement pour Broncan : “Oui, c’est génial. On a des vies tellement courtes, c’est passionnant de découvrir de nouveaux pays. Je ne vais pas y vivre dix ans. Je vais surtout préparer l’équipe pour qu’elle soit la meilleure possible en 2027. On veut se qualifier pour les 8es de finale de la Coupe du monde. Mon premier job en tant que sélectionneur sera de m’adapter à eux et de découvrir leur histoire.”
Pour mener à bien ce projet, il mise sur une approche adaptée aux spécificités géorgiennes : “Comme je leur ai dit samedi lors de la victoire du Black Lion (la principale franchise géorgienne) à Montauban (28-31) en Challenge, on ne peut pas jouer comme les Néo-Zélandais, les Sud-Africains ou les Français. On doit construire un projet par rapport à eux. Rugbystiquement ce pays a longtemps été conduit par des Anglo-Saxons qui, je pense, ne se sont pas trop intéressés ou du moins adaptés à la culture géorgienne. En France, on a l’avantage d’en côtoyer beaucoup dans toutes les divisions.”
Broncan explique également pourquoi il a décliné l’offre de devenir sélectionneur des Fidji : “Le plus gros potentiel, ce sont les Fidji, mais c’est bordélique… Ils m’avaient approché alors qu’ils n’ont toujours pas licencié leur entraîneur (Franck Azéma est aujourd’hui bien placé pour remplacer l’Australien Michael Byrne). J’ai également discuté avec le Japon car Eddie Jones est là-bas (ils ont collaboré chez les Wallabies). Cela voulait dire six mois d’affilée et intenses avec Eddie. Ça compte double avec lui ! (Rire.) Sérieusement, j’ai vraiment été attiré par ce projet géorgien. J’ai adoré la mentalité des joueurs samedi. Ce ne sont pas les meilleurs du monde, mais ils sont très généreux. La grosse problématique est de maîtriser les basiques. Je suis vraiment très heureux de ce défi.”
Selon lui, la Géorgie est une nation sous-estimée dans le rugby mondial : “C’est le petit pays qui n’est pas respecté dans le monde du rugby alors qu’il fait partie des meilleures nations (13e du classement mondial). Ils ont demandé à rentrer dans le Tournoi des Six Nations et ils n’y entreront jamais. Le Black Lion demande aussi à intégrer l’United Rugby Championship (ex-Ligue celte) et il n’y entre pas non plus. Ce n’est pas grave. Ils avancent. La Mondial des moins de 20 ans aura lieu en Géorgie cet été. Ils ont une vraie volonté de se développer. On va tout faire pour qu’elle soit encore plus respectée en optimisant le peu de temps que l’on a.”
Broncan prendra également en charge l’équipe du Black Lion, qui servira de laboratoire pour la sélection nationale : “Cette équipe ne joue pas beaucoup de matches. Elle sera un laboratoire pour la sélection et pour aider les jeunes à se développer là-bas. On va pouvoir tester de nouvelles choses, avancer sur le projet de jeu, tout filmer et partager avec ceux qui évoluent en France et en Angleterre. On va gagner du temps, toujours avec la volonté de s’appuyer sur la culture locale.”
Enfin, le technicien annonce son installation à Tbilissi dès la fin juin, avant la tournée en Amérique Latine : “Je compte être là-bas à l’année. J’ai demandé à habiter au centre d’entraînement à Tbilissi. Je veux aller au contact des clubs géorgiens et participer à des entraînements dans le pays. Je vais m’y installer fin juin avant qu’on parte en tournée en Amérique Latine (Uruguay et Chili). Ce sont des gens simples et moi aussi. Je pense qu’on va bien s’entendre. Il me tarde d’y être et je ne suis pas effrayé d’y aller. Ce peuple est très timide, mais j’ai reçu énormément de messages de joueurs géorgiens que j’ai entraînés ou avec qui j’ai joué pour me féliciter, me dire qu’ils aimeraient m’accueillir dans leurs familles et me faire découvrir le pays. Ils sont réservés mais aussi fiers et patriotes, avec des valeurs que j’aime bien.”







