Il y a trois ans, Clermont amorçait un tournant décisif en choisissant Christophe Urios comme nouveau manager, dans des circonstances peu ordinaires. Alors que l’équipe s’apprêtait à partir pour l’Afrique du Sud, le club se retrouvait sans entraîneur principal. La nomination d’Urios s’est déroulée dans l’urgence et à distance, témoignant d’un recrutement loin des standards classiques.
À l’époque, le marché des techniciens disponibles était très limité. C’est Jean-Pierre Romeu, ancien vice-président influent du club, qui a joué un rôle clé en proposant la candidature de l’ex-manager bordelais. « Quand je lui ai demandé si ça ne l’intéresserait pas de venir à Clermont, il m’a dit “Écoute Jean-Pierre, l’ASM, ça ne se refuse pas”. Deux jours plus tard, je partais avec le président le rencontrer », confie Romeu à La Montagne. La rencontre décisive a eu lieu dans un restaurant discret entre Clermont et Bordeaux, du côté de Périgueux, où le courant est rapidement passé.
« On avait parlé pendant toute la matinée », se remémore Jean-Pierre Romeu, qui précise que l’impression faite par Urios au président a conduit à une validation rapide par le conseil d’administration. Clermont officialisait ainsi son nouveau coach, signé avec un contrat incluant une option.
L’arrivée d’Urios a marqué un changement radical dans l’image du club, abandonnant sa posture policée au profit d’une identité plus affirmée et exposée. Le manager n’hésite pas à assumer son style direct : « J’ai un fonctionnement où je suis plutôt cash. Sans manquer de respect à personne… Mais comme le disait Jean Cocteau : “Ce que l’on te reproche, cultive-le, parce que c’est toi”. Je suis comme ça. Et je ne serai pas un mou demain. »
Sur le terrain, l’enjeu était de taille. La reconstruction passait par l’état d’esprit, les fondamentaux et l’identité de jeu. Trois ans plus tard, si tout n’est pas encore parfait, Clermont a regagné en densité au pack et en solidité dans un rugby plus direct, fidèle au profil de son entraîneur. Urios a d’ailleurs été surpris par ce qu’il a découvert à son arrivée : « Clermont a toujours été une équipe qui travaillait beaucoup sur le terrain… Quand je suis arrivé ici, je me suis rendu compte qu’il y avait un monde d’écart avec ce que je voyais à la télé. À Bordeaux, par exemple, on travaillait plus qu’à Clermont. »
Sportivement, les résultats suivent : le club a retrouvé les phases finales la saison dernière après plusieurs années de disette. Le taux de succès d’Urios dépasse désormais celui de son prédécesseur, un atout majeur dans un environnement où la stagnation est difficilement tolérée.
Dernière preuve de la confiance accordée à son manager, le président a récemment affirmé publiquement son soutien : « Je le dis très officiellement : j’ai totalement confiance dans l’équipe, aussi bien les joueurs que le staff. »
Trois ans après ce recrutement improvisé dans un restaurant de province, l’aventure de Christophe Urios et Clermont se poursuit aujourd’hui toujours en Auvergne.







