Matthieu Jalibert reprend du galon au poste de numéro 10 en équipe de France. Auteur d’un début de saison convaincant avec l’Union Bordeaux-Bègles, le Bordelais s’impose comme une option crédible dans un contexte d’incertitude autour du retour de Romain Ntamack, toujours en convalescence après une blessure au dos.
Le Stade Toulousain reste prudent sur la date de retour de son ouvreur, qui pourrait ne pas être opérationnel avant le début du Tournoi des Six Nations. Cette incertitude complique la composition de la liste tricolore, d’autant que Jalibert apparaît en nette progression.
Le président de l’UBB résume parfaitement la dynamique du joueur : « Offensivement, il est à son apogée ». Jean-Baptiste Élissalde, ancien international et consultant, loue aussi le style de jeu de Jalibert : « Quand t’as un mec comme ça, tu t’assois et tu prends du plaisir à le regarder. Matthieu, j’adore. C’est un super attaquant. Cette liberté qu’il prend dans le jeu, ça fait du bien, ce n’est pas stéréotypé. Qui pourrait ne pas aimer ça ? »
Au-delà de ses qualités offensives, Jalibert a renforcé sa défense et sa gestion de l’effort. Son entourage insiste sur une meilleure préparation physique, un rythme de vie plus stable et une implication accrue dans des secteurs où il était auparavant critiqué.
Cependant, sa montée en puissance ne garantit pas automatiquement sa place chez les Bleus. Pour Richard Dourthe, « sportivement, Jalibert est aujourd’hui le meilleur », mais il souligne aussi que le joueur ne jouit pas en sélection de la même liberté que dans son club : « Il n’y est pas aussi libre et relâché qu’à l’UBB, où tout le monde l’apprécie. C’est un joueur qui a besoin de décider ce qu’il veut faire. Or, en équipe de France, c’est Fabien Galthié qui décide. Il faut respecter la stratégie à la lettre. »
Jean-Baptiste Élissalde évoque également la relation à trouver entre Jalibert et Antoine Dupont, pierre angulaire de la ligne d’attaque française. « Au nom de la politique de l’homme en forme, Matthieu mériterait de jouer. Mais d’autres paramètres entrent en compte, comme la relation que les deux joueurs entretiennent avec Antoine Dupont, qui sera sur le terrain, sauf blessure. Lequel s’adapte le mieux au jeu d’Antoine ? Sur ses performances du moment, bien sûr que Matthieu est incroyable, mais Romain ne fait pas de mauvais matches. C’est moins exubérant, moins étincelant, mais c’est solide quand même, notamment en défense. »
Le choix du staff tricolore dépend également du profil recherché : un ouvreur gestionnaire comme Ntamack apporte davantage de stabilité à une ligne animée par Dupont, tandis que Jalibert offre incisions et imprévisibilité.
Cette équation complexe se traduit par une logique binaire en termes de sélection, d’après Élissalde, dans un système avec six avants et deux trois-quarts en remplaçants. Ntamack, plus polyvalent, peut couvrir le poste de centre ; Jalibert, non. L’ancien joueur explique : « La dernière fois, c’était contre la Géorgie à Bordeaux (41-15, 14 novembre 2021), et ça n’avait pas été terrible. Là, vu le nombre de très bons centres, avec Barassi, Moefana, Depoortere, Gailleton, Brau-Boirie, Gourgues et Fickou, je ne vois pas trop comment ça pourrait se faire. À moins d’avoir une stratégie particulière et de vouloir mettre un cinq-huitième sur le terrain, c’est-à-dire un second 10 pour animer le jeu. Si c’est Romain sur le banc, ça peut passer, parce qu’il peut aussi couvrir le poste de centre. Mais Matthieu n’a pas cette polyvalence. Lui, dans une configuration de banc à six avants et deux trois-quarts, soit il est sur le terrain, soit il n’est pas dans les 23. »
Un proche de Jalibert confirme l’enjeu : « Si Galthié ne le prenait pas encore, il le vivrait très mal. Ça serait une injustice caractérisée. » Le joueur lui-même affiche une ambition assumée : « L’équipe de France est une petite frustration parce que je n’ai jamais réussi à m’y épanouir pleinement. […] Aujourd’hui, tout est apaisé, j’espère que le meilleur est à venir. »
L’avenir dira si Jalibert parviendra à imposer sa loi au sein du XV de France, mêlant talent offensif et maturité retrouvée. Une affaire à suivre de près.







