À l’aube d’un affrontement décisif contre les Anglais de Sale, le Stade Toulousain ne vise pas seulement une qualification : il affronte sa propre histoire. Face à une période tourmentée, Ugo Mola rompt le silence et dévoile sa stratégie pour remettre son équipe sur les rails et retrouver cette redoutable machine à gagner qui faisait trembler l’Europe.
**Le crépuscule d’une hégémonie ou simple pause ?**
Dans les tribunes d’Ernest-Wallon, l’atmosphère s’est refroidie. Avec trois défaites sur les cinq derniers matchs, le colosse haut-garonnais chancelle. Pourtant, Ugo Mola, détenteur de sept boucliers et couronnes européennes, observe la situation avec un calme teinté d’ironie. Il pointe du doigt la mentalité changeante des observateurs :
« Je vous observe, je vous lis. Vous vous posez tour à tour la question « pourquoi Toulouse ne gagne pas tout le temps » et, quand Toulouse gagne, « pourquoi l’hégémonie de Toulouse dérange. » Je remarque cette ambivalence-là… »
Le technicien refuse la panique mais reconnaît les failles. Le rugby fluide des Rouge et Noir s’est enrayé, laissant place à une irrégularité chronique. Il nuance :
« Qu’il ne faut pas mettre sous couvercle les performances en Top 14 où on a régulièrement marqué plus de 50 points contre des équipes majeures. Mais, pour autant, il y a, là aussi, une forme d’ambivalence entre ces résultats et ce rugby pas toujours abouti. Particulièrement ces trous d’air qui nous font mal. »
**La fin des « coachs légistes » : une révolution en interne**
Pour venir à bout de la muraille défensive de Sale, Mola a décidé de bousculer son encadrement. Fini le constat passif, place à l’action immédiate.
« Il y a suffisamment de coachs ‘’légistes’’ et de gens qui constatent. J’en ai eu dans mon staff. Aujourd’hui, je n’en ai plus. J’ai des porteurs de solution. Des gens qui se questionnent car les sachant, c’est rare qu’ils trouvent des solutions puisqu’ils savent déjà. Maintenant, il faut qu’on trouve la bonne. On est en quête. »
Cette quête implique une remise en question profonde. Le manager toulousain assume une mutation du fonctionnement quotidien :
« Comment penser qu’on aura des résultats meilleurs avec la même méthode ? Donc oui, il le faut. Et on a déjà enclenché certaines petites mutations dans notre manière de fonctionner. Mais tout prend du temps. J’ai toujours pensé que les solutions se trouvaient par les acteurs du jeu. À nous de les mettre dans les meilleures conditions. À nous de penser peut-être nos semaines un peu différemment… »
**L’urgence de redevenir une équipe « inquiétante »**
Le constat est brutal : Toulouse a perdu son aura de prédateur.
« À nous de nous remettre dans ce paradigme-là, d’être à nouveau une équipe de haut niveau, ce que nous ne sommes pas en ce moment… »
Cette chute, paradoxalement, s’avère nécessaire à la reconstruction du groupe :
« C’est terrible ce que je vais vous dire, mais je pense que c’était nécessaire à notre construction, à un chemin un peu différent. »
Face à l’enjeu, Mola balaie la pression négative et préfère y voir « la vertu du doute constructif » :
« Je vous retourne la question, c’est quoi la pression, en fait ? Des doutes qui peuvent se créer ? Mais vous croyez que quand on est champion, on n’a pas de doutes ? Que quand on gagne une finale après prolongation, on n’a pas eu de doutes ? Mais c’est la vie, les doutes ! »
**Le scénario du pire : se concentrer sur une seule compétition ?**
Si Toulouse devait chuter ce samedi, le manager est prêt à revoir ses ambitions, quitte à se focaliser sur une seule compétition :
« Si on est éliminé en Champions Cup, eh bien, on en tirera les conséquences, on remettra le bleu de chauffe. Et peut-être que, cette saison, on a l’effectif pour jouer une seule compétition… »
Avant toute hypothèse, le Stade veut montrer ses crocs :
« On s’est mis en ordre de marche pour essayer de redevenir, malgré ces deux défaites, une équipe un peu plus inquiétante que ce que l’on laisse paraître ces derniers temps. Parce qu’on n’est pas très inquiétants, ça, je vous concède. On essaie de trouver la bonne formule du moment pour y remédier. Et peut-être qu’on se plante. Mais je n’ai pas de honte à dire que je me suis trompé. »







