Longtemps cantonnée dans l’ombre, la préparation mentale s’impose désormais comme un pilier du rugby professionnel. Depuis 2008, Olivier Lepretre accompagne les joueurs du Stade Toulousain dans cette démarche essentielle, alliant performance et bien-être, au fil d’un métier en pleine évolution.
Dans un entretien accordé à *Midi Olympique*, le préparateur mental revient sur les transformations profondes qui ont conduit à une meilleure reconnaissance de son rôle au sein du rugby français.
« L’importance de la préparation mentale dans le sport en général, et dans le rugby en particulier, n’est plus à démontrer. L’évolution est récente, notamment parce que de nombreux sportifs en ont parlé publiquement. On évoque beaucoup la santé mentale depuis les derniers Jeux olympiques, parfois davantage que la préparation mentale elle-même. Aujourd’hui, les joueurs de rugby parlent plus ouvertement du fait qu’ils sont accompagnés mentalement. Une bonne santé mentale passe par un accompagnement de qualité. La préparation mentale ne se limite pas à des outils ou à des routines. Ce n’est pas seulement la gestion du stress, de la concentration ou de l’imagerie mentale. C’est un accompagnement global du sportif, qui travaille indirectement son équilibre et sa santé mentale pour lui permettre de performer. C’est aussi un travail de long terme. Lorsqu’il a été fait en amont, le sportif est mieux préparé à la fin de sa carrière. »
Cet essor s’explique aussi par une évolution des mentalités : « Cela s’est fait progressivement, notamment à mesure que les médias se sont approprié le sujet. Au départ, il y avait une méconnaissance qui engendrait de la réticence, voire de la peur. Le sportif pouvait se dire : “Si je fais de la préparation mentale, on va penser que j’ai des faiblesses ou un problème psychologique.” Aujourd’hui, ce tabou tombe. On parle davantage de santé mentale, de psychologie, d’accompagnement, et les mentalités évoluent. »
Les motivations pour consulter un préparateur mental sont multiples. « Certains sont très orientés performance : “Je veux être plus performant.” D’autres viennent pour la gestion du stress, de la pression, la confiance en soi, la gestion émotionnelle ou la mise en place de routines efficaces, comme nous l’avons fait avec Thomas Ramos pour le tir au but. Souvent, les sportifs consultent aussi après une blessure importante ou quand il ne progresse plus : “J’ai tout essayé, je n’y arrive plus.” On m’a déjà qualifié de magicien, ce que je ne suis évidemment pas. Il n’y a pas de magie, seulement du travail. Ils travaillent déjà le physique, la technique, l’hygiène de vie, alors pourquoi pas le mental ? Certains joueurs du Stade Toulousain l’ont déjà intégré et viennent me dire : “Ça fonctionne déjà bien, mais je veux être encore meilleur sur tel ou tel aspect.” »
Le travail d’Olivier Lepretre ne s’arrête pas à la performance pure. Il joue un rôle clé lors des blessures, périodes souvent difficiles à traverser : « La blessure est un moment particulier. J’ai développé un protocole qui commence avant même l’opération et va jusqu’à la reprise. Ils savent rationnellement qu’ils sont guéris, mais émotionnellement, ils ont peur d’accélérer, de courir, de se projeter à nouveau sur un terrain. C’est typiquement un travail sur le rapport au corps et à la guérison. La blessure peut aussi générer un sentiment d’inutilité, parfois proche de la déprime. Certains sportifs m’ont même dit, après coup, que cette blessure avait été nécessaire tant elle a changé leur regard sur leur carrière. »
Par ailleurs, la préparation mentale s’étend désormais au collectif. « On parle alors de préparation mentale intégrée. Au Stade toulousain, nous avons mis en place plusieurs dispositifs collectifs, notamment sur le terrain. Actuellement, je travaille avec les leaders. Être leader ne suffit pas, cela se construit. Communication, concentration, prise de décision, mise en action… ce sont autant de sujets que l’on peut travailler collectivement sur le terrain. »
L’objectif ultime est clair : rendre les joueurs autonomes face aux exigences mentales du sport de haut niveau. « L’objectif est de rendre le sportif autonome. Il y a un début et une fin, mais en réalité, le travail se prolonge différemment. Certains sportifs reviennent ponctuellement, selon les saisons ou les problématiques. C’est très variable. L’essentiel est de ne jamais créer de dépendance. »
Fort de plus de quinze ans d’expérience au sein de l’une des plus grandes équipes de rugby, Olivier Lepretre illustre combien la préparation mentale est devenue un levier incontournable, capable d’influencer durablement la performance, la longévité et l’équilibre personnel des joueurs professionnels.







