Plus de cinq ans après la disparition de Christophe Dominici, son épouse Loretta Denaro brise le silence dans les colonnes de Midi Libre. Elle confie combien le mois de novembre reste un moment particulièrement douloureux pour elle et leurs deux filles, âgées de 15 et 17 ans.
« Le mois de novembre est toujours compliqué pour mes filles (17 et 15 ans) et moi. Je reçois beaucoup de messages, mais je ne peux pas répondre à tout le monde. On est toujours dans les dossiers de ce fameux rachat de Béziers. J’arriverai pas à me couper des médias tant que justice ne sera pas rendue. J’aimerais ne pas y penser, ne pas ressasser les événements de ce terrible été. Mais tant que la procédure est encore en cours, on n’arrivera pas à passer à autre chose. Avec mes filles, on veut se battre jusqu’au bout, ça nous tient à cœur. Savoir que ces personnes, qui ont été si malveillantes, ne s’en sortent pas comme ça, ça nous aiderait à passer une autre étape du deuil. »
À ce jour, deux procédures sont en cours. « Il y en a deux distinctes. Il y en a une contre Samir Ben Romdhane, Nadia Hattabi et Philippe Baillard, les propriétaires du groupe Sotaco. Et une autre, contre Maître Thierry Braillard. Christophe lui avait envoyé un mail pour savoir s’il pouvait être l’avocat qui chapeautait le rachat. Christophe s’occupait de tout le projet sportif, et lui de la partie financière. »
Loretta évoque l’espoir suscité par ce projet ambitieux, avec des recrutements inattendus parmi les joueurs, comme Ma’a Nonu. « Un soir, il nous envoie une photo avec le maillot de Béziers sur les épaules, on a pleuré », se souvient-elle. « Ça montrait aussi l’aura qu’il avait encore. Ça restait un joueur connu. Une fois, j’ai entendu un joueur accepter de venir en disant : “On vient pour le kiff d’être avec toi”. Quand Christophe a raccroché, ses yeux brillaient. Il était ému. »
L’épouse de l’ancien international rappelle l’engagement total de son mari pour ce projet. « Ces nuits blanches s’expliquaient parce qu’il devait mettre en place quelque chose de grand en peu de temps. Il passait des coups de téléphone en Nouvelle-Zélande, en Argentine… Il était très pris par ce projet. Le rugby a toujours été sa passion et son moteur. »
Elle dénonce par ailleurs une trahison au cœur de cette affaire : « Ce que je ne comprends pas, c’est comment Me Braillard n’a pas vu que c’étaient des escrocs. Se faire arnaquer, ça peut arriver. Surtout quand on est connu. Mais quand, au milieu de l’histoire, il y a un avocat, qui a été secrétaire d’État chargé des sports, un des créateurs de la DNACG… Ben non, ce n’est pas possible. Malheureusement, ça, je l’ai découvert quand les dossiers ont été déposés à la DNACG. Ce n’était que des faux documents. »
Malgré cette épreuve, Loretta Denaro tente de continuer à avancer. « En gardant toutes les belles choses que nous a transmises Christophe, tous les moments drôles qu’on a vécus. J’essaie de dire à mes filles que Christophe, c’était comme une étoile filante, un magnifique chapitre de notre vie. Il faut qu’on soit fier de lui, que lui, de là où il est, il soit fier de nous. Il faut qu’on transforme notre peine, notre fragilité, en force. Ça, c’est mon travail de maman. Je suis contente de voir que, même après ce drame qui nous a laissé une cicatrice, elles arrivent à avoir de l’humour. Ça montre qu’une partie de Christophe est en elle. »







