Cheikh Tiberghien, arrière de l’Aviron Bayonnais, n’a finalement pas été retenu par le sélectionneur français Fabien Galthié pour préparer le premier match du Tournoi des Six-Nations face à l’Irlande. Une déception majeure pour le joueur bayonnais, qui espérait intégrer le groupe France.
Interrogé par Sud-Ouest, Tiberghien admet qu’il doit encore progresser : « De progresser sur mes points faibles, à savoir la gestion du fond de terrain et la régularité. Sans oublier de continuer à travailler mes points forts : les ballons hauts, le jeu au pied et les duels. »
La saison dernière, l’ancien Clermontois avait fait l’objet de moqueries de la part des supporters de Bayonne après plusieurs erreurs techniques. Il répond à ces critiques avec philosophie : « Pour être honnête, sur le coup, je n’avais même pas entendu. On me l’avait dit après. Par le passé, ça m’aurait mis dans une mauvaise dynamique. Aujourd’hui, pas du tout. Je pourrais faire une page entière de journal sur le rapport à la critique (sourire). »
Le joueur rappelle que la critique fait partie du sport et prend l’exemple de Kylian Mbappé pour relativiser : « Il y a des gens qui disent que Mbappé est nul. Vous vous rendez compte ? (sourire) Mbappé, il a fait lever la France entière en 2018. Cheikh Tiberghien, c’est quoi à côté de Mbappé ? Si les gens disent qu’il est nul et le sifflent, vous croyez qu’on ne peut pas me siffler et dire que je suis nul si j’ai fait un mauvais match ? »
S’appuyant sur une réflexion d’un basketteur NBA anonyme, il ajoute : « Vous ne m’avez pas fait, donc vous ne pouvez pas me défaire. Ces gens qui m’ont sifflé, ils n’ont rien fait pour moi. Ils ne me nourrissent pas, ne me paient pas et je ne joue pas avec eux sur le terrain. »
Pour Tiberghien, la critique doit être constructive : « La critique est faite pour être constructive. Des sifflets, ce n’est pas constructif. Donc avec l’âge et l’expérience, j’ai réussi à m’en détacher. Ça ne me fait ni chaud ni froid. En revanche, la critique d’un entraîneur, d’un équipier, d’un connaisseur, tu t’assois et tu écoutes. »
Il déplore aussi les jugements hâtifs et infondés que peuvent formuler certains observateurs : « Par exemple, des gens sont capables d’écrire ou de te dire ce que t’as mangé chez toi la veille au soir avec ta femme et tes enfants pour expliquer ton mauvais match. Ils sont capables de dire qu’untel a pris le boulard, que c’est un mauvais mec alors… qu’ils ne le connaissent pas. Ce genre de trucs, ça me fait trop rire (il sourit). »
Reconnaissant que l’ego peut parfois être affecté, le joueur affirme néanmoins garder du recul : « Je suis rugbyman professionnel, je ne vais pas aller expliquer à un peintre comment peindre une maison. Donc un peintre qui ne connaît pas le rugby ne peut pas venir m’expliquer comment jouer. Par contre, on peut discuter, échanger, savoir ce qu’il en a pensé. »
Il insiste aussi sur la nécessité de prendre la critique avec mesure : « Si la même personne te dit que t’es nul et, la semaine d’après, que t’es le meilleur joueur du monde, il faut également trier le compliment. »
Pour mieux gérer son rapport à la critique, Tiberghien a eu recours à un préparateur mental : « Oui, à Bayonne l’année dernière, mais plus par rapport à des aspects de mon rugby. Mais si un joueur cherche à traiter son rapport avec la critique, le préparateur mental comme le psy sont des bonnes options. Surtout si ça t’affecte dans ton quotidien. Ce n’est pas une honte. Moi, je n’ai pas eu besoin d’en arriver là. »
Malgré cette période délicate, il assure conserver la confiance du staff bayonnais : « Clairement, tout le staff en place, de Greg Patat aux prépas physiques, a vraiment été important. Chacun a ses opinions mais moi, j’aime bien ce staff. Et ce n’est pas du tout une comparaison avec d’autres, qui sont bien aussi. En début de saison dernière, je n’étais pas bien dans mon rugby. J’avais demandé à Greg de ne pas jouer le match d’après pour faire un « reset ». Il m’a dit qu’il réfléchirait et le lundi suivant, il m’annonce que je joue à Vannes. Et j’ai fait un très bon match. Ça a été une bascule dans ma saison. Je ne sais pas comment, mais il avait décelé qu’il fallait me faire jouer. Tout en me disant les choses à la vidéo durant la semaine d’entraînement. »
Au sein du vestiaire de l’Aviron Bayonnais, la critique est un sujet pris avec humour et détachement : « Ce n’est pas tabou mais entre nous, on se met surtout des pièces. On est détachés de la critique méchante. Par exemple, si j’ai touché deux ballons et fait deux « moignes » [boulettes, NDLR], on va m’offrir des gants ou des moufles le lundi suivant. On sait aussi se dire si on a été monstrueux. C’est désacralisé parce que tout le monde sait ce que c’est. Hier, c’est moi qui n’ai pas été bon. Demain, ce sera un troisième ligne, un pilier… Tout le monde a déjà été mauvais. »







