Lors des trois tests de novembre dernier, les Bleus ont été particulièrement sanctionnés pour des positions de hors-jeu, un point soulevé par Fabien Galthié dans L’Équipe. L’entraîneur a déploré la différence de traitement entre le championnat de France et le niveau international, s’inquiétant de l’absence d’arbitrage sur ces situations en Top 14. Mathieu Raynal, responsable de la cellule de haute performance de l’arbitrage, a répondu à ces critiques dans une interview accordée à RMC Sport.
Interrogé sur les échanges avec Fabien Galthié concernant ces divergences d’arbitrage, Raynal a déclaré : « Je n’ai pas souvenir que Fabien ait évoqué avec nous ce souci sur le hors-jeu, ni même participé à l’une de nos réunions ou l’un de nos stages mais s’il souhaite le faire nous serons bien évidemment très heureux de l’accueillir. »
Le patron des arbitres français précise qu’il existe deux rendez-vous annuels regroupant entraîneurs et arbitres du secteur professionnel, « c’est là que l’on acte collectivement la manière dont notre championnat sera arbitré et qu’on pousse les directives que nous pensons justes pour l’intérêt du jeu. » Le prochain se tiendra le 13 mars, veille de France-Angleterre, date à laquelle le staff bleu ne pourra être présent. Néanmoins, Mathieu Raynal espère les voir venir lors du stage estival de Loudenvielle pour discuter notamment du hors-jeu.
Concernant les échanges réguliers avec l’équipe de France, il explique : « William Servat et Laurent Sempere interviennent régulièrement avec nous sur la mêlée et sur la touche. Nous sommes donc très ouverts à échanger nos visions sur le hors-jeu et décider collectivement, en incluant les entraîneurs du secteur professionnel, de la nécessité d’être plus rigoureux dans ce secteur. »
Sur la responsabilité des joueurs eux-mêmes, Raynal rappelle qu’ils ont aussi un rôle à jouer : « Disons que s’ils sont ultra pénalisés dans ce secteur ils peuvent aussi s’adapter en prenant 50 cm en plus pour offrir une image plus claire aux arbitres sur les matchs internationaux. Un peu plus de rigueur de notre côté, un peu plus d’adaptation du côté des joueurs et la présence de Fabien au stage arbitres-entraîneurs à l’intersaison devraient aider à trouver des solutions. »
Il reconnaît une différence notable entre l’arbitrage en Top 14 et sur la scène internationale, sous l’égide de World Rugby. « World Rugby met énormément de pression sur le hors-jeu pour que l’espace soit respecté. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi puisque ça permet au jeu de se développer. Il faut juste veiller à ce qu’on garde un équilibre et une justesse dans la manière de l’arbitrer. Le but, ce n’est pas de siffler des hors-jeux qui n’existent pas et à l’heure actuelle c’est un peu ce qu’on observe. Donc je suis pour qu’on soit justes sur cette question, en respectant le principe de faute claire et d’impact que la faute peut avoir sur le jeu. »
Avant chaque grande compétition, des consignes précises sont données aux arbitres : « Il y a des guidelines à World Rugby qui sont répétées avant les compétitions majeures, le 6 Nations ou la tournée de novembre. Sur certains points on est d’accord, il y en a d’autres auxquels on est opposé. On respecte l’institution mais on garde aussi un regard critique sur ce qui est mis en place pour rester vigilants à ce que l’intérêt de notre sport soit préservé. Par exemple, la ligne qui est choisie à l’heure actuelle pour traiter le jeu déloyal n’est pas acceptable à nos yeux et on l’a exprimé auprès de la direction de World Rugby. »
Il justifie cette opposition : « Parce que le principe qui veut que la sécurité des joueurs soit au-dessus de tout le reste n’est pas respecté. Le jeu dangereux clair ne peut pas être traité qu’avec des exclusions de 20 minutes. Et c’est un peu la ligne choisie par World Rugby. À l’exception des morsures et coups de poing, on ne verra plus ou très peu de carton rouge définitif. Quand on a des charges à l’épaule claires, directes dans le visage de quelqu’un, on trouve anormal que ce joueur-là ne soit pas sanctionné d’un carton rouge définitif, y compris si c’est un joueur français. Parce que je le répète, on met l’intérêt général de notre sport au-dessus du reste. »
Malgré ces débats, l’objectif reste avant tout la performance des Bleus : « Bien évidemment. La réussite de l’équipe de France est essentielle pour l’ensemble du rugby français. Le but, c’est que les orientations prises soient le fruit d’un consensus entre l’ensemble des clubs français, les équipes de France et les arbitres. En tout cas, on travaille dans ce sens depuis le début. Ils sont partie prenante et ont leur mot à dire dans tout ce que nous faisons. »







