Le manager de l’Union Bordeaux-Bègles, Yannick Bru, s’est livré à un long entretien accordé à Sud-Ouest, où il dresse un bilan détaillé de la première moitié de la saison 2025-2026 de son équipe.
Il se dit globalement satisfait de ce début de saison, soulignant une progression tangible du groupe. “J’ai un peu d’expérience maintenant, je sais qu’on paie les musiciens à la fin du bal. Mais à mi-parcours, j’ai la sensation que notre UBB s’est densifiée. Le projet qu’on a repris depuis deux ans et demi avec Laurent Marti (le président) et tout le staff est de plus en plus solide. Je suis heureux du 20/20 réalisé en Champions Cup qui a été plus difficile que celui de l’an dernier avec un déplacement en Afrique du Sud et cette étiquette de numéro un suite au titre. Le groupe de joueurs a gagné en autonomie et en leadership.”
Malgré une entame compliquée en Top 14, marquée par des blessures et des attitudes perfectibles, Bru note une nette amélioration dans la régularité des performances : “On est sur le chemin, on s’est ménagé une voie très large avec la possibilité de recevoir au maximum. Cette compétition est une vraie respiration pour nous. Et il y a le Top 14 sur lequel on s’attendait à tousser un peu, avec une attitude qui n’était parfois pas la bonne en début de saison. Se sont ajoutées des blessures… Malgré tout, on a trouvé une harmonie dans la performance depuis plusieurs semaines. Le groupe a progressé dans sa capacité à hausser les standards de performance. Il va falloir continuer à mettre des coups de maillet pour polir encore les choses.”
Pour le championnat, l’objectif est clair et ambitieux : la qualification directe pour les demi-finales. “C’est clairement l’objectif. On aura des regrets si on ne l’atteint pas et si on a la sensation qu’on n’a pas fait du mieux qu’on pouvait. L’équipe fait du mieux qu’elle peut compte tenu de l’enchevêtrement des compétitions, de la cascade de blessures. Cette période, qui coïncide avec la fin des fêtes de fin d’année et le début du Tournoi des Six-Nations, est toujours stressante. Il y a de la fatigue, certains sont appelés en sélection, d’autres restent au club. Mais on a besoin de gagner contre le Stade Français et derrière, il faudra aller prendre des points partout pour reprendre les points perdus face à Pau (NDLR : défaite à domicile 33-34).”
Yannick Bru dévoile également les clés pour répondre à ces exigences élevées cette saison : “On a fait évoluer notre cellule « datas », on a une nouvelle manière de partager les infos avec les joueurs et d’analyser nos performances. On a intégré à plein temps Aurélien Cologni (coach des attitudes au contact) dans notre organigramme. On a densifié notre secteur médical pour augmenter la récupération des joueurs. Le fond du fonctionnement et nos convictions sur le jeu restent les mêmes, mais dans la forme, on s’est amélioré. Tout cela fluidifie nos semaines. Ce qui nous guette à tous, c’est l’enlisement, l’immobilisme et la monotonie. Depuis novembre, on enchaîne tous les week-ends, ça ne s’arrête jamais. Il faut arriver à entretenir les vibrations malgré les routines.”
Si le manager est réputé pour son calme, il admet toutefois ressentir une certaine usure mentale au fil de la saison : “Si un manager qui joue le Top 14 et la Champions Cup à fond vous dit qu’il n’a jamais ressenti de l’usure mentale à certains moments de la saison, il vous ment. À l’UBB, on joue tout à fond et on y laisse des plumes. Quand on est en éveil chaque semaine sur la quête de gains marginaux pour performer, certains matins d’hiver, on a du mal à se lever très tôt.”
Plus intimement, Bru confie sa flamme intérieure qui l’anime malgré la pression : “Ça bouillonne fort… On veut tous gagner à l’UBB, moi le premier. Je considère qu’on n’a pas de temps à perdre. Quand on prend un poste, le compte à rebours est enclenché. On demande beaucoup à nos joueurs, Laurent (Marti) nous donne beaucoup de moyens, donc je déteste perdre mon temps. Parfois, je suis un peu trop impatient et exigeant. Mes proches vous diront que j’ai horreur de la médiocrité. Ça peut être épuisant au quotidien. Je ne suis pas tout le temps calme.”
Il révèle aussi un coup dur à venir avec le départ annoncé d’Arthur Alvarez, un pilier de son staff : “Arthur Alvarez, un de mes principaux collaborateurs qui est avec moi depuis sept ou huit ans, va arrêter à la fin de la saison. C’est une perte immense, c’est le meilleur analyste vidéo du championnat. Mais il a besoin de couper car ce plein-temps avec excès l’empêche de s’oxygéner. Il y a une forme d’abrutissement d’être dans la haute compétition. Tout ça me fait réfléchir à l’exigence qu’on s’impose tous et puisque je suis manager sportif, cette exigence que j’impose à tout le monde. Avec le temps, j’ai compris que tous ces efforts doivent être corrélés avec une dose de plaisir. Ça m’est arrivé de jouer le maintien, la pression est plus négative. À l’UBB, on a une pression vers le haut, et ça, c’est une chance.”
Pour s’évader, le technicien mise sur sa famille et quelques escapades au Pays basque : “Le peu de temps qu’on a, j’ai envie de rester en famille. Je ne sors pas de chez moi ou je fais quelques retours au Pays basque pour marcher au bord de l’océan sans regarder la montre. Je délègue déjà pas mal, j’ai la chance d’être très bien entouré dans le staff de l’UBB. C’est certain, je ne ferai pas ça toute ma vie. Il y aura un moment où mon esprit dira stop. Mais ce moment n’est pas encore arrivé.”
Enfin, il rassure sur la stabilité du staff technique : “Non. L’ensemble du staff est engagé jusqu’au 30 juin 2027. La volonté, c’est de continuer avec tout le monde. Certains échanges ont débuté, Laurent Marti va recevoir toutes les personnes concernées. On va continuer à travailler en confiance, avec l’envie d’évoluer.”







