Le futur sélectionneur des All Blacks fait face à un défi colossal : restaurer la suprématie sportive de la Nouvelle-Zélande tout en gérant une stratégie commerciale agressive qui épuise les joueurs.
Depuis l’éviction de Scott Robertson, le constat est clair : « l’obsession de faire de la fougère argentée une marque planétaire a fini par fragiliser l’édifice sportif ». Nommé début 2024 avec une solide réputation de « winner » grâce à ses succès avec les Crusaders, Robertson incarnait la « brand personality » idéale pour la Fédération néo-zélandaise (NZR). Son style décontracté et ses danses virales servaient parfaitement le narratif marketing de Mark Robinson, alors président de la NZR, désireux de « reconnecter avec un public jeune via les réseaux sociaux ».
Pourtant, derrière cette image séduisante, les résultats furent inconstants malgré un taux de victoires de 74 %. Un audit initié par David Kirk, nouveau dirigeant de la NZR, a mis en lumière de graves failles :
– Un jeu erratique, incapable de maintenir une constance sur le terrain.
– Une communication défaillante, avec des joueurs dénonçant des « messages confus » au sein de l’encadrement.
– Une rupture inévitable, Kirk jugeant le changement de coach « inéluctable » à deux ans de la Coupe du Monde 2027.
Parallèlement, sous l’influence du fonds d’investissement Silver Lake, la NZR a misé sur une expansion commerciale massive, notamment vers les États-Unis. Cette stratégie se traduit par une délocalisation importante des matchs. Sous l’ère Robertson, 16 des 27 tests ont été joués hors de Nouvelle-Zélande, maximisant les revenus billetterie. Le match contre l’Irlande, disputé à Chicago en novembre 2025, a ainsi rapporté près de 3 millions d’euros, l’un des plus gros gains historiques.
Mais ce succès financier a un coût humain : les joueurs subissent des voyages incessants et une récupération limitée, malgré une meilleure rémunération.
L’année 2026 s’annonce encore plus intense, et « le départ de Mark Robinson ne signifie pas la fin de cette logique mercantile ». Le calendrier prévoit un véritable marathon avec :
– 17 matchs au programme, dont une série de quatre confrontations face aux Springboks.
– Le « choc de Baltimore », un quatrième duel contre l’Afrique du Sud programmé le 12 septembre 2026, dans un stade NFL de 71 000 places aux États-Unis.
– Un abandon quasi total du public local, puisque les All Blacks ne joueront que quatre fois à domicile, sur des chaînes payantes, risquant de rompre le lien avec leurs supporters historiques.
Le prochain sélectionneur devra résoudre une équation complexe : préserver la tradition d’une équipe mythique tout en conciliant les exigences d’une franchise globale dont la quête de croissance menace la performance nationale.







