Le rugby change de canal. Si le choc France-Irlande se déroulera bien sur France 2 ce jeudi à 21h10, les fans devront désormais alterner entre chaînes pour suivre la suite de la compétition. France Télévisions, confronté à un plan d’économies drastique, a cédé neuf matchs du Tournoi des Six Nations à TF1, dont deux rencontres majeures du XV de France.
**Un calendrier inédit et partagé**
Pour ne rien manquer, les téléspectateurs devront jongler entre France 2 et TF1. Voici la répartition des matchs des Bleus :
– **France 2** diffusera les rencontres France-Irlande (ce jeudi), France-Italie, et le « Crunch » France-Angleterre.
– **TF1** retransmettra les affiches France-Galles (15 février) et Écosse-France (7 mars).
**Les chiffres d’une vente contrainte**
France Télévisions qualifie cette opération de « décision de raison, pas de cœur ». Derrière ce revirement se cache une logique financière impérieuse :
– TF1 a déboursé **15 millions d’euros** pour ces neuf rencontres.
– France Télévisions doit réaliser un total de **150 millions d’euros d’économies en 2026**.
– Le rugby avait enregistré une audience record de **9,5 millions de téléspectateurs** sur le service public l’an dernier, soulignant la valeur importante de ces droits.
**Pourquoi France Télévisions a-t-elle « lâché » le rugby ?**
Cette cession historique met fin à 45 ans d’exclusivité du service public sur le Tournoi. Plusieurs raisons expliquent ce virage inédit.
**Le télescopage avec les Jeux Olympiques d’hiver**
En 2026, le Tournoi des Six Nations coïncide avec les Jeux Olympiques d’hiver de Milan-Cortina (6-22 février). France Télévisions, diffuseur officiel des JO, ne pouvait garantir une couverture optimale pour les deux événements simultanément. En avançant le match d’ouverture au jeudi soir et en cédant une partie du tournoi à TF1, le groupe allège sa grille et concentre ses antennes sur la quête des médailles olympiques.
**Une bouffée d’oxygène financière**
Au-delà des contraintes sportives, cette décision relève de la contrainte budgétaire. Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, doit composer avec de sévères coupes imposées par l’État. La revente de ces matchs pour 15 millions d’euros couvre précisément l’effort demandé au service des sports cette année. Ce sacrifice vise à préserver d’autres droits précieux comme le Tour de France ou Roland-Garros. Pour TF1, c’est une opportunité stratégique d’étendre son emprise sur le rugby international, après avoir déjà acquis les tests d’automne et la Coupe du Monde 2027.
**L’inquiétude au sein de France Télévisions**
Cette décision passe mal en interne. Des figures historiques de la rédaction, comme Matthieu Lartot, ont exprimé leur surprise face à l’ampleur de la vente. La peur est palpable : si le service public commence à vendre ses meilleures affiches, que restera-t-il sur France 2 durant la saison ?
Matthieu Lartot s’est confié à *L’Équipe* :
« Ce n’est pas que je n’y croyais pas une seule seconde, c’est juste la proportion de matches revendus qui m’a surpris. À ce moment-là, je ne m’attendais pas à ce que neuf rencontres soient cédées. Après, on ne tient pas les cordons de la bourse, on n’est pas dans le secret des dieux, et on n’a pas les clefs. »
Patrick Chêne, ancien directeur des sports, parle d’une « triste révolution » :
« Tous les directeurs des sports de France Télévisions (dont moi) se sont tant battus pour préserver ces droits précieux. »
La rédaction craint que cet accord, présenté comme « éphémère », ne devienne la norme si le gouvernement impose de nouvelles économies, évoquant déjà 30 à 40 millions d’euros supplémentaires en 2026.
**Un nouveau paysage pour les supporters**
Pour les amateurs de rugby, c’est la fin de la simplicité. Il faudra désormais vérifier chaque match sur quelle chaîne il sera diffusé et qui prendra le relais au micro. France Télévisions assure vouloir récupérer l’intégralité des droits en 2027, mais la fragilité économique actuelle laisse planer le doute. Autrefois véritable institution du service public, le Tournoi des Six Nations entre aujourd’hui dans une nouvelle ère, dictée par la rigueur budgétaire et la concurrence accrue entre chaînes gratuites.







