Le sélectionneur du XV de France, Fabien Galthié, et le demi de mêlée Antoine Dupont partagent une relation profonde, forgée au fil des années autour d’une même ambition : ramener un titre de champion du monde au rugby français.
« On est du Sud-Ouest et on a la même éducation rurale », confie Galthié, soulignant leurs origines et parcours voisins. Tous deux occupent le même poste sur le terrain, ont été ou sont capitaines du XV de France, et ont été désignés meilleurs joueurs du monde. « On a un peu le même parcours de vie aussi », ajoute le sélectionneur. Galthié, originaire de Montgesty dans le Lot, et Dupont, né à Castelnau-Magnoac dans les Hautes-Pyrénées, ont grandi dans des villages proches et évolué dans la même culture rugbystique, notamment toulousaine.
Leur complicité s’est révélée dès la préparation de la Coupe du monde 2019, lorsque Galthié, nommé adjoint de Jacques Brunel, a pu observer le talent et l’exigence du demi de mêlée. Jean-Baptiste Elissalde, membre du staff à l’époque, se souvient d’un moment marquant : « Quand Antoine est passé, il a non seulement parlé du demi de mêlée adverse, mais surtout du jeu de l’Argentine. C’était quasiment parfait et presque mieux qu’un entraîneur n’aurait pu le faire ! » Ce jour-là, Galthié avait « fait une tête de mec qui… ouais », témoignage d’une admiration déjà palpable.
Malgré l’élimination en quart de finale face au pays de Galles, Dupont s’affirme rapidement comme un leader naturel du groupe. Le Tournoi des 6 Nations 2020, où la France brille en étant la première équipe en 10 ans à battre le pays de Galles chez lui, marque un tournant. Galthié choisit alors Dupont comme capitaine, en l’absence de Charles Ollivon blessé, soulignant son rôle central : « Avec son style et puis l’aura qu’il peut avoir […] il montre la voie. »
Laurent Labit, ancien entraîneur des arrières du XV de France, parle d’une vraie fascination de Galthié pour Dupont : « Il aurait aimé être ce joueur-là. » Cette relation repose aussi sur une écoute mutuelle. Pour Dupont, « on a beaucoup échangé, surtout au début du mandat […] on partage aussi la même vision du rugby. Je n’ai pas trop de souvenirs où on était en désaccord sur quelque chose. C’est quelque chose sur lequel je peux m’appuyer aussi. »
Extrêmement intelligent, Dupont valorise l’expérience de son sélectionneur. « Fabien est un ancien demi de mêlée, qui a eu une grande carrière, notamment internationale. Il faut savoir se nourrir de cette culture-là qu’il a acquise », explique-t-il. Galthié, lui, reste humble : « Je pense qu’on se connaît bien, on se ressent bien. On se comprend très bien. »
Sur le terrain, cette entente est indispensable. « Qui est sur le terrain ? C’est lui », rappelle Galthié. « Moi, je suis dans la salle des machines. Celui qui est au feu, c’est lui. Il nourrit l’équipe de sa réflexion, de sa présence, et aussi de ses questionnements. » Dupont tempère : « On a des échanges qu’un capitaine peut avoir avec son coach. Et forcément, on se retrouve vite sur la même longueur d’onde. »
Le défi n’est pas mince pour le staff. Dupont, comme Galthié avant lui, est un éternel insatisfait et un compétiteur acharné. « Antoine fait partie de ces joueurs qui sont en capacité de vous challenger en permanence », souligne Labit, qui rappelle la rigueur de Galthié en tant que joueur. Cette exigence mutuelle pousse à toujours s’améliorer.
Parfois, Dupont joue presque le rôle d’adjoint sur le terrain. Après certaines rencontres, il fait immédiatement le point sur les erreurs et les améliorations possibles, n’hésitant pas à sanctionner durement ses propres performances, mais aussi à soutenir ses coéquipiers.
Même à l’entraînement, le tandem ne se prive pas de débats. Récemment, lors d’une séance à Marcoussis, Dupont a pris l’initiative d’une action offensive inattendue alors que Galthié avait demandé une sortie de camp classique. « Ce n’est pas ce que j’avais demandé », souriait Galthié. « Je m’adapte à la défense et on a gagné 60 mètres », rétorquait Dupont, démontrant son sens du jeu et son audace.
Cette association, centrée sur l’objectif ultime qu’est la Coupe du monde en Australie, est aussi visible face aux médias. Dupont, plus réservé, observe souvent le « show Galthié » avec amusement : « Oui, il aime toujours s’amuser des médias. Mettre quelques pièces en conférence de presse. Mais en principe, c’est quand on a gagné les matchs, donc tant mieux. »
Alors rendez-vous le 13 novembre 2027, après la finale de la Coupe du monde, pour voir si cette relation particulière aura mené le rugby français au sommet.







