Matthieu Jalibert fait son grand retour en équipe de France ce jeudi soir contre l’Irlande (21h10), revêtu du mythique numéro 10. Souvent critiqué pour son irrégularité et sa vulnérabilité défensive, l’ouvreur de l’Union Bordeaux-Bègles revient plus mature, plus complet, porté par des performances remarquables en club. Sa période d’absence du XV de France lui a servi de véritable déclic.
Lors de son dernier match sous le maillot tricolore, en Angleterre, Jalibert avait été largement pointé du doigt, notamment pour son déficit d’engagement défensif. « J’y suis passé aussi par ces critiques-là », confie son ami et coéquipier Maxime Lucu. « Quand il y a des matchs ratés, on est vite dans le viseur en équipe de France. Ça n’a pas été facile à digérer pour Matthieu parce que moi, je bosse au quotidien avec lui. Je sais le travail qu’il met dedans et le joueur que c’est. Il a accepté le fait de passer au travers sur des matchs comme ça. Et d’accepter aussi la critique parce que c’est quelqu’un qui se remet beaucoup en question. »
À Bordeaux, Jalibert a entamé un travail en profondeur pour améliorer notamment sa défense : technique de plaquage, lecture des courses adverses, engagement dans les zones de ruck. « Il est beaucoup plus engagé sur les plaquages et il contre-ruck maintenant, explique le talonneur Maxime Lamothe. En ce moment, il est sur une autre planète. Il a beaucoup bossé la technique individuelle de plaquage et ça porte ses fruits. Nous, les gros, on essaie toujours de protéger notre 10 en défense mais on est en train de voir qu’il est plus à l’aise avec la défense. » Désormais, Jalibert affiche une volonté claire : devenir un ouvreur complet.
L’ouvreur girondin n’a en rien perdu sa valeur offensive, bien au contraire. Depuis le début de saison, il brille au sein de l’UBB avec des statistiques impressionnantes : essais, passes décisives, défenseurs battus, mètres gagnés ballon en main… Sa capacité à franchir la ligne, créer des décalages et poursuivre le jeu après contact fait toujours de lui l’un des joueurs les plus imprévisibles du Top 14. Mais une étape supplémentaire a été franchie avec un jeu désormais plus réfléchi, où il gère le tempo, alterne occupation au pied et accélérations soudaines, et s’inscrit pleinement dans le collectif. « Il tend vers un jeu un peu plus complet », confirme Christophe Laussucq, entraîneur de la défense bordelaise. Une maturité qui modifie profondément la perception de son profil.
Toutefois, la question de sa complémentarité avec Antoine Dupont demeure au cœur des débats. Deux ouvreurs offensifs, deux leaders techniques, mais certains doutent de leur équilibre sur le terrain. Baptiste Serin balaie cette controverse. « Je pense qu’on se pose des questions là où il n’y en a pas. Quand tu as un Dupont et un Jalibert, il y a peu de charnières dans le monde qui peuvent aligner deux talents comme ça. Il y a une osmose à trouver, mais elle va être facile. Ce sont deux compétiteurs, deux mecs qui aiment le jeu et qui aiment mettre leurs coéquipiers sur orbite. »
Dans le même esprit, Antoine Dupont lui-même relativise : « J’ai joué plein de fois avec lui, je le connais très bien. Il adore ce jeu d’attaque dans lequel je me retrouve beaucoup, donc on a pas mal de similitudes là-dedans, donc c’est facile de se trouver. Cette année, il montre à tout le monde que c’est un grand joueur. On a la même mentalité rugby. » Ces déclarations renforcent l’idée que leur duo ne constitue pas un frein mais bien un atout pour le XV de France.
Pour le sélectionneur Fabien Galthié, ce retour n’en est pas vraiment un. Jalibert fait partie de son trio d’ouvreurs identifié depuis plusieurs saisons, aux côtés de Thomas Ramos et Romain Ntamack. « Il a toujours été là. Ça fait maintenant six ou sept ans qu’on fonctionne avec trois ouvreurs identifiés et il en fait partie. Offensivement, avec nous, il a toujours été très bon. » Le coach rappelle aussi que la question de la charnière reste un casse-tête perpétuel au plus haut niveau : « La compatibilité entre un 9 et un 10, c’est la question qu’on va se poser à chaque début de match. Trouver l’équilibre entre conservatisme et innovation, c’est notre savoir-faire. »
S’il a dû digérer la frustration d’être écarté et prendre ses distances avec le XV de France lors de la tournée d’automne 2024, Jalibert a su faire preuve de résilience. « C’est la haute concurrence l’équipe de France, poursuit Galthié. Un joueur doit être capable de traverser ce type de période de moments difficiles, ce que j’appelle l’ascenseur émotionnel. En sélection, il faut être prêt. Souvent je leur dis, n’importe quand, n’importe qui, n’importe où. Il faut être prêt. »
À 27 ans, l’ouvreur bordelais est passé du statut de promesse à celui de joueur confirmé. Si des doutes subsistent encore, notamment quant à l’équilibre parfait avec Dupont, une chose est certaine : Matthieu Jalibert version 2024 n’est plus seulement un attaquant spectaculaire. Il est désormais un acteur incontournable de l’avenir du XV de France. Dans l’ombre de Romain Ntamack, titulaire de référence quand il est disponible, Jalibert a une occasion en or : s’imposer durablement dans la hiérarchie et faire de la concurrence un véritable casse-tête pour le staff tricolore.







