Pour le coup d’envoi du Tournoi des 6 Nations face à l’Irlande, le XV de France mise sur la solidité et l’expérience. La titularisation de Dorian Aldegheri au poste de pilier droit a cependant suscité une certaine « surprise ».
Surnommé « Doudou », ce Toulousain de 32 ans est un joueur discret mais terriblement efficace, dont le parcours et la personnalité inspirent le respect de ses pairs.
### Un ouvrier au service du collectif
Aldegheri n’est pas une star médiatique, mais un maillon essentiel. Comme l’explique son manager Ugo Mola dans Midi Olympique : « Dorian, ce n’est pas forcément le mec qu’on va mettre en avant, celui qu’on récompense de trophées individuels, mais c’est quelqu’un d’important dans le lien de l’équipe et de notre conquête ».
Pour le technicien, la réussite de l’équipe repose sur cet équilibre : « Les équipes qui gagnent le font souvent avec des joueurs qui font le lien, pas qu’avec des stars. Quand je dis stars, ce n’est pas péjoratif. […] Ces joueurs nous permettent de jouer un peu mieux quand ils sont présents. »
### Une référence mondiale en mêlée
Si le poste de pilier est souvent ingrat, le talent d’Aldegheri en mêlée fermée est unanimement salué. Un de ses partenaires confie : « Doudou, il ne fait pas de bruit, il n’est pas médiatique mais c’est un monstre en mêlée. Je n’ai jamais vu un mec aussi fort que lui dans ce domaine. À l’entraînement, il est parfois obligé de se retenir un peu, sinon il défonce tout le monde. »
Légende du rugby comme Charlie Faumuina exprime également sa profonde admiration : « Je n’ai jamais su comment il faisait, Doudou. Il n’était ni très lourd ni très costaud, mais il parvenait toujours à passer sous son pilier gauche. Ça se terminait irrémédiablement par une pénalité contre l’équipe adverse. Il est le meilleur pousseur de mêlée qu’il m’ait été donné de croiser dans ma carrière. Il aurait d’ailleurs tant de choses à apprendre aux piliers de Nouvelle-Zélande. […] Il a fallu que j’apprenne comment vous poussez, en France. Et c’est lui qui m’a appris ! »
### Un destin sauvé par Ugo Mola
L’histoire d’Aldegheri aurait pu s’arrêter loin du haut niveau. À l’été 2015, il était sur le point d’être « rattrapé » par son manager à un moment où il devait partir en Pro D2. « Dorian faisait partie de ces garçons pour lequel, à chaque fin de saison, on se posait la question de savoir s’il allait passer le cap l’année suivante », raconte Ugo Mola. « Pour la petite histoire, quand je suis arrivé à Toulouse, le contrat de prêt de Dorian à Carcassonne était déjà sur le bureau du directeur général. Je me suis vite empressé de le déchirer et de conserver le joueur. »
Toujours présent pour son joueur, Mola ajoute : « Si vous vous amusez à demander avec qui ils partiraient dans un moment délicat de leur vie, je crois que Dorian serait très souvent cité par ses partenaires, tellement il est fiable. » Et de dénoncer les critiques parfois dures à son égard : « Je trouve que beaucoup de personnes ont parfois été très très dures avec Dorian sur ses performances, sur des moments où la mêlée a collectivement été mise à mal. »
### Une maturité éclatante
Aldegheri a su évoluer avec le temps. À propos de son jeu, il confie avec humour : « Je ne vais pas cibler les passes » et ajoute : « J’essaye de mettre l’accent sur des secteurs qui me vont mieux ». Son travail dans les rucks s’est révélé précieux, à tel point qu’Antoine Dupont l’a remercié après un match crucial : « C’est le tournant du match. Merci à Dorian. »
Son manager confirme : « C’est un joueur qui évolue hyper bien, qui a réglé des choses sur sa capacité physique à enchaîner, aussi sur sa capacité à se déplacer et à être utile, chose qui lui posait parfois problème parce qu’il se brûlait physiquement et que, malheureusement, il lui arrivait de manquer de lucidité. Il est arrivé à maturité et maîtrise tous les paramètres du haut niveau. J’en suis ravi pour lui parce qu’il travaille dur. »
Aujourd’hui, avec une grande « maîtrise du poste » et une solide « expérience », il aborde ce Tournoi. Pour Fabien Galthié, sa titularisation est une évidence : « On a mis en place une compétition à droite. C’est Dorian qui sera titulaire. Il dégage une maîtrise du poste, une expérience. Il évolue dans un club avec qui il est performant et joue des matchs très importants. Il connaît cette atmosphère, cette ambiance. »
Fidèle à lui-même, Aldegheri assure : « Je me donne à 100 %, comme quand j’étais remplaçant. En ce moment, je commence mais je suis toujours là pour servir l’équipe. »







