Le troisième ligne international français François Cros s’est confié longuement dans les colonnes de L’Équipe, révélant son goût pour les tâches invisibles sur le terrain.
« J’aime effectuer les tâches de l’ombre, travailler pour les autres et les mettre dans les meilleures conditions pour performer. J’essaie d’être utile. Si ça passe par des rôles moins visibles, tant pis. Le plus important est que l’équipe en sorte grandie. Dans certains sports, on identifie un peu trop la personne qui score. Au rugby, on n’est rien sans l’équipe. Pour que le joueur puisse marquer, il faut que le travail ait été fait avant. Je ne cours pas après les honneurs », confie-t-il.
François Cros précise en quoi consistent ces tâches obscures : « Tout ce qui concerne le rôle de soutien, que ce soit offensif ou défensif. L’activité. C’est plutôt dans le registre du jeu sans ballon que je travaille peut-être un peu plus que les autres. On a besoin d’effectuer ces tâches-là et d’avoir des joueurs qui performent là-dedans. Tant mieux pour moi. Sinon, je ne jouerais pas. (Sourire.) Je suis au service du jeu et de l’équipe. Et même si je touche moins de ballons, ça ne me dérange pas. »
« Quand j’arrive sur un ruck et que le ballon peut sortir rapidement, que l’action s’enchaîne et que ça amène à un résultat positif, je sens que j’ai accompli mon rôle. Pour certains, c’est dur de trouver du plaisir là-dedans. Mais pas pour moi. »
Cette passion pour le travail discret puise ses racines dans son éducation et son club formateur : « Ça vient de l’éducation que j’ai reçue de mes parents, et aussi du club où j’ai démarré. À Seilh (Haute-Garonne), on n’était pas très nombreux et on avait besoin de tout le monde, avec des notions d’entraide et de solidarité. Ça me plaît d’être là pour mes partenaires. C’est dans mon caractère. J’essaie d’être généreux dans la vie comme sur le terrain. Je ne vais pas changer pour essayer de faire des actions décisives si ça nuit à mon rôle premier. »
Malgré un rôle peu exposé, François Cros ne se sent pas lésé par le manque de reconnaissance médiatique ou populaire : « Ça ne me mine pas de ne pas y être. Être dans l’équipe type, c’est bien. Gagner le trophée, c’est mieux. Peut-être que ceux qui votent s’attachent plus à des rôles visuels que ceux de l’ombre. Je comprends ce sentiment de reconnaissance car ça fait toujours plaisir de recevoir un titre individuel. Mais on fait d’abord un sport collectif. J’ai la chance de jouer dans des équipes qui gagnent. Aujourd’hui, j’ai remporté cinq Top 14 (en 2019, 2021, 2023, 2024 et 2025), deux Coupes d’Europe (2021 et 2024) et deux Six Nations (2022 et 2025). C’est plutôt ça que je regarde. Et là, je vais vivre ma 40e sélection avec l’équipe de France. »
Avant tout, l’essentiel pour lui reste la quête de titres : « On a fait sept finales avec Toulouse et je les ai toutes jouées. Je n’ai pas besoin d’avoir la reconnaissance des médias ou des instances. La plus importante, c’est celle de mon coach, qui me fait jouer, et de mes partenaires, qui sont heureux d’évoluer avec moi. La confiance se mérite, elle se respecte. Je le ressens encore aujourd’hui en sélection. J’ai été blessé durant tout le début de saison (il n’avait joué qu’un match en club début septembre avant son opération cet automne) et le staff a malgré tout fait le choix de me rappeler d’entrée pour ce Tournoi. À moi de leur montrer qu’ils ont eu raison. »
Enfin, même s’il est désormais plus souvent reconnu dans la rue, François Cros garde les pieds sur terre : « Plus ou moins oui, mais je ne cours pas après ça non plus. Au contraire. J’aime vivre simplement, aller faire mes courses, me balader en ville comme le commun des mortels. Désormais, on me reconnaît peut-être davantage, mais je ne suis pas non plus idolâtré comme Antoine Dupont. Lui peut être assailli dès qu’il se promène. On ne peut pas nous comparer. Ce qu’il apporte au rugby est énorme par rapport à ce que je peux faire. »







