
Huit ans après ses débuts prometteurs et une blessure sévère au genou face au même adversaire, Matthieu Jalibert retrouve le poste stratégique de numéro 10 du XV de France pour l’ouverture du Tournoi des Six Nations 2026. En l’absence de Romain Ntamack, le Bordelais dispose d’une occasion en or de confirmer qu’il peut transposer son éclat en club sur la scène internationale.
### Une relation « échevelée » avec le maillot bleu
Malgré un talent reconnu, le parcours de Jalibert en équipe de France a souvent été marqué par une incompréhension mutuelle. L’ouvreur ressent une pression particulière, qu’il explique ainsi : « J’ai l’impression d’être un peu plus visé, que j’ai moins le droit à l’erreur. Mais c’est comme ça depuis le début de ma carrière ». Il confie également un certain regret : « L’équipe de France est une petite frustration parce que je n’ai jamais réussi à m’y épanouir pleinement ».
Sa relation avec le sélectionneur Fabien Galthié a traversé des moments difficiles, notamment lors de la tournée d’automne 2024, où il avait été devancé pour la titularisation par Thomas Ramos en l’absence de Ntamack. Vexé, Jalibert s’était alors expliqué avec Galthié avant de quitter de lui-même le groupe pour retourner à l’Union Bordeaux-Bègles, préférant s’investir pleinement en club plutôt que de rester simple joker en équipe nationale.
Fabien Galthié avait répondu avec philosophie : « Chacun est libre de vivre ses émotions et de les partager. On a besoin de détermination, de joueurs forts. Même si son parcours n’a pas été linéaire, il a apporté son talent à l’équipe de France, a toujours essayé de donner le meilleur de lui-même. Et il continuera… s’il le souhaite, bien sûr », ajoutant que « chacun a le choix de prendre ses décisions ».
### Le soutien de « Toto » et la fin des malentendus
Pour ce choc crucial contre l’Irlande, Jalibert pourra s’appuyer sur le soutien indéfectible de son capitaine Antoine Dupont, qui a tenu à balayer toute polémique sur leur complicité : « Cette année, il montre à tout le monde que c’est un grand joueur ». Le demi de mêlée toulousain souligne leur alchimie sur le terrain : « Ça s’est toujours très bien passé à chaque fois que j’ai joué avec lui. Évidemment, on n’a pas gagné tous les matchs qu’on a joués. Mais j’ai toujours apprécié jouer avec lui. Il a beaucoup d’appétence pour le jeu offensif comme moi. Il aime relancer les ballons. Il aime prendre des risques. Ce qui est mon cas aussi. Je pense qu’on a la même mentalité au rugby. »
Dupont insiste également sur la confiance accordée à Jalibert : « Matthieu a la confiance du staff et de tout le monde. Tous les feux sont au vert. On espère qu’il sera dans la lignée de ce qu’il peut faire depuis le début de saison. »
Il faut rappeler qu’en 2024, Jalibert avait déclenché une polémique après une victoire de l’UBB contre le Stade Rochelais en tapotant sur la tête du troisième ligne international Grégory Alldritt, suite à une erreur défensive ayant mené à un essai. Ce geste avait suscité de vives critiques à son encontre.
### Un sujet « romantique » pour Galthié
Conscient de la pression qui pèse sur son ouvreur, Fabien Galthié tente de dédramatiser l’enjeu qui entoure la charnière tricolore : « Ce sont deux gros potentiels qu’on est heureux d’associer. Ça fait sept ans que Matthieu Jalibert fait partie des trois ouvreurs qui jouent régulièrement pour l’équipe de France, il a une bonne expérience collective avec nous. »
Pour le sélectionneur, le défi demeure avant tout collectif : « Ce que j’attends de la charnière, c’est ce que j’ai vu pendant dix jours, cette complicité, cette concentration, cette capacité à associer les forces autour d’eux. Je ne mettais pas un sujet spécifique sur notre charnière. C’est un sujet romantique en France, on adore parler de la charnière qui est souvent responsable de beaucoup de choses. J’attends qu’ils apportent leur énergie, leur talent et leur joie d’être parmi nous, pas plus. »







