
L’innovation tactique : un « labo » permanent
Alors que les résultats récents soulèvent des interrogations, Fabien Galthié affirme garder une longueur d’avance sur ses concurrents : « Je trouve qu’on innove plus que les autres, et je ne le dis pas de manière très prétentieuse ». Son système offensif inédit, qui place jusqu’à six avants à plat pour libérer des espaces verticaux, illustre parfaitement cette volonté d’innovation. Si le sélectionneur puisait auparavant ses idées ailleurs — à l’image de la dépossession anglaise ou du fameux banc 7-1 des Sud-Africains —, il propose aujourd’hui un modèle propre à la France. Rassie Erasmus, toutefois, semble toujours un peu plus audacieux sur le plan tactique.
Communication : entre poésie et « verbiage »
Chaque prise de parole de Galthié représente un exercice d’équilibriste. Il oscille entre réflexions tactiques pertinentes et envolées lyriques, comme lorsqu’il confiait : « Je nage dans une piscine de bonheur » après une victoire contre le Pays de Galles, ou promettait avec ambition « on va toucher au sublime » grâce à ses joueurs. Derrière ses anglicismes et concepts comme les « finisseurs » ou la « machine du temps », le sélectionneur utilise les mots pour protéger ses joueurs, conscient de leur impact : « Les mots peuvent faire mal. Ils peuvent être aussi forts que des coups de poing. »
La fin du « devoir de mémoire »
Le second mandat de Galthié se distingue avant tout par un virage majeur dans sa politique de sélection. Le sélectionneur s’interroge ouvertement : « Ça veut dire quoi être indiscutable en équipe de France ? ». L’époque où l’expérience collective primait sur tout est révolue. Dorénavant, c’est l’état de forme immédiat qui prime : « Il faut être juste, créer une émulation et une concurrence. Il faut être ouvert à d’autres potentiels que je sens aussi forts que ceux que j’ai lancés en 2020. Rester figé sur des concepts aurait été une erreur. On doit accepter de trouver un subtil équilibre entre expérience individuelle, expérience collective et émulation. » Ce changement profite à de nouveaux talents comme Guillard, Attissogbe ou Jegou, au détriment de cadres historiques tels qu’Alldritt ou Fickou.
Management : un équilibre fragile mais réel
Longtemps considéré comme « le meilleur entraîneur sur le terrain, le pire en dehors », Galthié semble avoir trouvé un mode de fonctionnement plus apaisé avec les internationaux. Exigeant et parfois cassant, il entretient néanmoins un dialogue constant avec les leaders du groupe, notamment Antoine Dupont, véritable pilier de son autorité : « Les réunions avec Fabien sont toujours constructives », confie un cadre du vestiaire dans les colonnes de L’Équipe.
Projection 2027 : l’adaptation comme boussole
La célèbre « flèche du temps », qui prédisait un titre mondial fondé sur un groupe de 28 ans de moyenne d’âge et 50 sélections, a été mise à mal par la réalité. Galthié l’admet sans détour : « On a perdu au cours du chemin des joueurs qu’on ne souhaitait pas perdre. Très vite, j’ai compris que cette ambition d’arriver avec une équipe avec 50 sélections de moyenne serait difficile sur ce mandat. […] Il faut comprendre aussi qu’il y a des choses qui sont pas atteignables pour diverses raisons. » Aujourd’hui, le sélectionneur adapte ses ambitions, modifiant son cadre et ses théories, s’appuyant sur la sagesse de Socrate : « Ce qui fait l’homme, c’est sa grande faculté d’adaptation ».







