Il y a des rencontres qui dépassent le simple cadre du jeu, des performances qui annoncent un changement majeur. Face à l’Irlande, Matthieu Jalibert a livré bien plus qu’un essai spectaculaire : “il a envoyé un message clair.” Celui d’un demi d’ouverture prêt à s’imposer durablement dans la hiérarchie du XV de France.
Après un début de match discret, l’ouvreur de l’UBB a soudain électrisé le Stade de France. À la 22e minute, parfaitement servi par Antoine Dupont, Jalibert a percé la défense irlandaise avec lucidité, éliminant trois adversaires avant d’inscrire le deuxième essai tricolore. Un geste précis et puissant, révélateur d’un joueur qui choisit désormais ses moments avec soin.
Titularisé en l’absence de Romain Ntamack, Jalibert n’a pas cherché à forcer son talent. Longtemps discret, il s’est progressivement affirmé dans un rôle qu’il maîtrise mieux : celui d’un chef d’orchestre calme et efficace, capable d’accélérer quand le jeu l’exige. La large victoire des Bleus (36-14), jeudi soir à l’ouverture du Tournoi des Six Nations, pourrait bien marquer le début d’un nouveau chapitre.
**Un artiste désormais au service du collectif**
Pour leur association retrouvée, Antoine Dupont et Matthieu Jalibert ont d’abord joué simple. Distribution rapide, lecture juste, tempo maîtrisé. Le récital attendra. Par respect des consignes de Fabien Galthié, mais aussi par maturité, le Bordelais a volontairement tempéré certaines fulgurances qui font sa réputation en club. Une évolution notable.
Physiquement affûté, Jalibert s’est surtout distingué par son engagement sans ballon. Longtemps critiqué pour ses lacunes défensives, il a répondu présent avec dix plaquages réussis, plusieurs impacts appuyés et un placement intelligent. Le fruit d’un travail de fond mené à l’UBB, qui l’a transformé en un joueur plus complet et fiable.
Appelé pour la première fois chez les Bleus à seulement 19 ans, Jalibert a souvent alterné entre éclairs de génie et périodes d’attente. Sa relation avec Fabien Galthié, souvent décrite comme privilégiée, n’avait jusqu’ici jamais vraiment produit l’étincelle attendue. Le sélectionneur, prudent, avait toujours pesé ses mots, évitant de placer Jalibert au-dessus de Ntamack ou Ramos.
« Ça fait sept ans que Matthieu fait partie de nos trois ouvreurs. Il a une grosse expérience avec nous, il a vécu de très bons matchs et des réussites. J’attends de la charnière ce que j’ai vu depuis dix jours : de la complicité, de la concentration et la capacité à associer les forces autour d’eux. »
**La charnière Dupont-Jalibert, enfin alignée**
En 2026, le contexte paraît différent. Fabien Galthié connaît désormais pleinement le potentiel du numéro 10 bordelais. Antoine Dupont, lui, n’a jamais caché son enthousiasme à l’idée d’évoluer aux côtés de Jalibert.
« Matthieu adore ce jeu d’attaque dans lequel je me retrouve beaucoup. Cette année, il montre à tout le monde que c’est un grand joueur. J’ai toujours apprécié de jouer avec lui. Il aime relancer le ballon, prendre des risques. Je pense qu’on a la même mentalité rugby. Ça sera assez facile de se trouver. »
Sans offrir un feu d’artifice permanent, les deux joueurs les plus ovationnés lors de la présentation ont posé des bases solides. Une charnière équilibrée et complémentaire, capable de porter les Bleus loin dans ce Tournoi des Six Nations.







