
Le coup d’envoi du Tournoi des Six Nations 2026 a été à la hauteur des attentes, marqué par le retour simultané des deux étoiles de la charnière française. Près d’un an après leurs dernières apparitions, Antoine Dupont et Matthieu Jalibert ont conduit le XV de France à une victoire éclatante face à l’Irlande (36-14).
Si le capitaine a impressionné par sa maîtrise et sa sobriété, l’ouvreur bordelais a profité d’une soirée pluvieuse pour chasser ses vieux démons et inscrire un essai libérateur.
**Matthieu Jalibert : l’audace retrouvée d’un « puncheur »**
Entré en jeu de façon plutôt discrète, Matthieu Jalibert a rapidement trouvé son rythme, porté par la menace constante que représente son partenaire de charnière. Comme l’a expliqué l’ancien ouvreur Jonathan Wisniewski dans *L’Équipe* :
« Après un round d’observation rapide, Matthieu Jalibert a pris des initiatives, il a amené de la vitesse et son dynamisme. La connexion avec Antoine Dupont a été très bonne. Dupont collait au ballon dans les rucks, donc les ballons sont vite sortis. Jalibert a profité du fait que Dupont monopolise beaucoup de défenseurs et créé de la tension dans la défense adverse. Il a pu jouer son rôle d’animateur/puncheur. Avec la pluie, ça aurait pu amener de l’inquiétude. Au contraire, la charnière a très vite amené des certitudes en jouant avec de la vitesse. »
L’expert a aussi souligné la confiance retrouvée du Bordelais, illustrée par sa fameuse tentative de par-dessus qui a conduit au troisième essai tricolore.
« Que Matthieu Jalibert tente sa spéciale, ça prouve qu’il est en confiance. Il a touché des ballons, il a joué libéré et c’était une façon de bousculer le destin, son destin. »
**Antoine Dupont : le capitaine en pleine maîtrise**
De son côté, Antoine Dupont a repris les commandes avec un calme et une autorité naturels. Omniprésent dans le jeu au pied et la distribution, le Toulousain a privilégié le collectif pour désorganiser la défense irlandaise, sans jamais chercher à forcer son talent.
Jonathan Wisniewski a salué la justesse tactique et la sérénité du numéro 9 :
« Dupont a été en contrôle et en maîtrise. C’est ce que demandait le jeu afin de décaler le plus vite possible la zone de collision et créer des espaces sur les extérieurs. »
Interrogé après la rencontre, le capitaine des Bleus a confirmé cette fluidité au sein de la ligne arrière malgré des conditions difficiles :
« Les sensations étaient très bonnes, je pense qu’on s’est tous trouvés, toute la ligne de trois-quarts, avec des conditions pas faciles. »
**Une hiérarchie bousculée ?**
La performance de Matthieu Jalibert, ponctuée d’un essai et d’une passe décisive dans les dernières secondes, pourrait redistribuer les cartes à l’ouverture. Solide en défense avec dix plaquages et inspiré dans l’utilisation du ballon, il semble avoir franchi un cap psychologique majeur.
Son ancien entraîneur à l’UBB, Rory Teague, résume l’impact de cette prestation sur l’avenir du Bordelais en équipe de France :
« Matthieu a été très bon dans l’alternance et en trouvant des espaces dans le champ profond notamment, tout en étant costaud sur les contacts. Avec sa performance, il a sans doute gagné la confiance de ses partenaires et le respect de ses adversaires pour les matches à venir. »
Les Bleus quittent Saint-Denis avec des certitudes renforcées et une charnière, tant attendue, qui a enfin livré le récital espéré. La route vers Cardiff s’annonce lumineuse pour ce duo prêt à régner à nouveau sur le rugby européen.







