L’entraîneur adjoint de l’équipe de France de rugby, Patrick Arlettaz, s’est confié à Midi Olympique à la suite de la victoire bonifiée remportée contre l’Irlande jeudi soir au Stade de France. Responsable de l’attaque tricolore, il analyse avec lucidité la prestation offensive des Bleus tout en appelant à la prudence.
« Les compliments, comme les critiques, font partie du job. La fierté, je la laisse donc toujours aux joueurs. Nous, on est là pour mettre un système en place dans lequel ils peuvent s’exprimer au mieux. En novembre, tous les paramètres n’étaient pas réunis pour ça. Cette fois, je suis heureux d’avoir vu les joueurs très à l’aise offensivement. J’ai pris du plaisir comme vous à les voir jouer. Le système leur a juste permis d’exploiter pleinement leur talent », explique-t-il.
Farouchement opposé à l’idée d’un changement de philosophie avec cette nouvelle dynamique offensive, Arlettaz joue la continuité : « Non, ce n’est pas un changement, ce sont juste des opportunités que les joueurs ont su créer, ce qui n’avait pas été toujours le cas en novembre car nous n’avons pas su jouer dans les bons espaces. On a manqué d’air et fatalement on a plus joué au pied pour trouver des solutions. Jeudi, il y a eu plus d’alternance et surtout nous sommes allés taper au bon endroit, ce qui nous a permis de créer des décalages et de mettre de la vitesse. C’est ça qui a conditionné tout le reste. »
L’efficacité du premier temps de jeu a permis aux trois-quarts de s’exprimer davantage. « Comme les premiers temps de jeu ont été beaucoup plus efficaces, que nous avons su jouer dans les bons intervalles, les trois-quarts ont eu plus d’opportunités. On s’était beaucoup entraîné pendant dix jours pour aller toucher ce premier intervalle qui nous intéresse. C’est là que la jonction entre avants et trois-quarts s’est faite, avant que ces derniers ne prennent la main », précise-t-il.
Interrogé sur l’impact de la titularisation de Matthieu Jalibert à la place de Romain Ntamack, Arlettaz réfute toute influence directe sur ce jeu plus proche de la ligne de front : « Non, notre système est ainsi fait. Il est peut-être particulier, mais nos avants sont sur toute la largeur de la ligne de front. Et si le premier temps de jeu des gros est efficace, il n’y a pas nécessité d’un second temps. C’est ce qui nous a permis de basculer avec de la vitesse vers les trois-quarts plus rapidement. Donc non, je suis désolé pour vous et ça n’enlève rien au talent de Matthieu, ni à celui de Romain. »
Le demi de mêlée Antoine Dupont a également retenu son attention pour son rôle clé dans cette victoire. « Antoine a été déterminant jeudi, parce que c’est lui qui a su toucher les bonnes zones, faire les bons choix. Le débat sur la charnière est éternel : est-ce qu’elle fait bien jouer l’équipe ? Mais, trop souvent, on oublie que c’est l’équipe qui fait bien jouer la charnière. En fait, c’est comme un circuit qui s’auto-alimente. Si Antoine touche les bonnes zones et qu’on est très efficaces dans ces espaces-là, ça donne toutes les conditions pour que la charnière puisse manœuvrer et continuer sur cette dynamique pour permettre à l’équipe de bien jouer. Et jeudi, nous avons été très efficaces sur les premiers contacts. Vraiment, Antoine a été déterminant sur la qualité de notre jeu, plus déterminant peut-être que quand il fait une ou deux percées et qu’il traverse le terrain. »
Enfin, il revient sur le choix tactique de faire évoluer simultanément Matthieu Jalibert et Thomas Ramos, deux numéros 10 sur le terrain. « J’aimerais tellement que tout ce qui s’est passé jeudi ait été prévu (rires). Ce qui est sûr, c’est que nous jouons avec deux numéros 10 qui, suivant les positions sur le terrain, suivant les zones trouvées, s’interchangent de manière quasi naturelle. Le meilleur exemple, c’est l’essai de Théo (Attissogbe), Thomas vient en position de 10 et c’est lui qui touche le bon intervalle sur « Manny » (Meafou) et c’est Matthieu Jalibert qui demande le ballon dans le dos de manière très opportune. Il est alors en position de 15 à ce moment-là. Ils s’interchangent très rapidement, ce qui montre qu’ils sont à l’aise dans le système qu’on leur propose. »
« Le système est voué à perdurer. C’est le même depuis le match des Blacks en novembre 2024, c’est le système avec lequel on a gagné le Tournoi l’année dernière. Après, on le fait toujours un peu évoluer. Pour moi, l’objectif principal d’un système de jeu, c’est d’être le plus efficace possible en exploitant les talents de chacun. Les joueurs mettent leurs qualités au service du système. Pas l’inverse. Le système de jeu de l’équipe de France est le même quel que soit l’ouvreur en place », conclut Patrick Arlettaz.







