L’ancien deuxième ligne international Pascal Papé livre une analyse détaillée sur le choix tactique du staff tricolore d’aligner un pack inédit face à l’Irlande, intégrant cinq « troisième-lignes ».
Face aux Verts, Fabien Galthié a innové en composant une troisième ligne classique avec Jégou, Jelonch et Cros, tout en positionnant les habituels troisième-lignes Charles Ollivon et Mickaël Guillard en seconde ligne. Une configuration qui fait de la polyvalence un atout majeur, malgré certains risques sur la structure.
**Le gain de mobilité au cœur de la stratégie**
Interviewé par L’Équipe, Pascal Papé loue la fluidité du jeu offerte par cette formule. Selon lui, « le principal avantage est le déplacement et l’utilisation du ballon. Charles Ollivon et Mickaël Guillard touchent beaucoup de ballons, dans un registre différent. Le premier est présent au relais, le second dans les collisions. »
L’ancien capitaine des Bleus insiste aussi sur le rôle défensif, particulièrement bien incarné par Oscar Jegou : « Dans ce système, tu vois presque plus les deuxième-ligne. Oscar Jegou, qui est un très bon manieur de ballon, en a finalement touché très peu. Mais il a été ultra-précieux en défense, notamment dans ce qu’on appelle le retour au jeu. Il plaque, il se relève de suite. Avec des joueurs hybrides, les Bleus ont gagné la bataille du déplacement et du retour au jeu, avec une ligne défensive toujours pleine. Face à des équipes comme l’Irlande, qui multiplient les temps de jeu, c’est idéal. Cette formule me plaît stratégiquement. Mais attention… »
**Une puissance indispensable face aux gros packs**
Papé met toutefois en garde sur les limites potentielles de ce modèle : « Il faut garder une ou deux poutres, un joueur comme Meafou ou Romain Taofifenua, même s’il semble sur la fin. Mais c’est vrai que ce type de profil risque de se retrouver sur le banc pour la fin de match. Ce choix stratégique de la mobilité est très approprié quand tu domines… »
Il précise : « Quand tu es dominant sur les phases statiques, c’est bien. On l’a vu face au pack irlandais, qui rappelons-le était diminué. Mais est-ce que ce sera le cas contre toutes les équipes ? Je ne pense pas. Attention contre l’Angleterre et l’Afrique du Sud. On peut souffrir. Dans ce cas, avoir de la puissance sera primordial. Et le deuxième-ligne côté droit doit être ta poutre, même si je suis persuadé que Guillard peut tenir ce rôle. Ton deuxième-ligne côté gauche doit aussi aimer la mêlée pour suivre son pilier gauche sur des orientations de poussée. C’est très technique. »
Cette analyse souligne la dualité du choix tactique : privilégier la mobilité et l’agilité sur le terrain peut s’avérer payant face à certains adversaires, mais la robustesse et la puissance restent des atouts indispensables pour affronter les meilleures équipes.







