Richard Dourthe salue la victoire éclatante du XV de France contre l’Irlande
Jeudi soir, au Stade de France, le XV de France a signé une victoire bonifiée face à l’Irlande, un succès qui a enthousiasmé le consultant rugby de Midi Olympique, Richard Dourthe. L’ancien joueur n’a pas caché son admiration et a tenu à féliciter les Bleus pour cette prestation d’exception.
« Il y a bientôt six ans que Midi Olympique m’a proposé cette idée de chronique, au lendemain des matchs des Bleus. Six ans durant lesquels on m’a souvent reproché d’être trop sévère, trop exigeant, trop critique. De vire presqu’aigri, de prendre un plaisir suspect à pointer les manques. Autant de procès d’intention auxquels je ne souscris pas », rappelle-t-il. Mais cette fois, le ton est à l’enthousiasme total.
« La preuve ? J’ai pris un plaisir immense au Stade de France, jeudi soir. Et je n’ai pas honte de le dire : j’ai tout aimé, de ce match. Oui, tout. J’ai aimé la fureur de vivre qui habitait cette équipe de France, où chacun y est allé de son caramel : Anthony Jelonch, évidemment, mais aussi Matthieu Jalibert, Théo Attissogbe, Louis Bielle-Biarrey. J’ai aimé cette gourmandise collective, cette appétence retrouvée pour le jeu, cette capacité à oser. J’ai aimé, aussi, cette maîtrise nouvelle sous les ballons hauts, secteur longtemps négligé, méprisé et soudain travaillé, assumé, rentable. »
Du haut des tribunes, Richard Dourthe a ressenti un changement profond dans l’identité du rugby français. « J’ai enfin eu le sentiment que la dépossession, qui avait jusqu’ici largement marqué les années Galthié, commence à céder le flambeau à la prise de risques, à la passe, et quitte à me vautrer dans un immonde cliché – au french flair. »
Un appel clair à retrouver l’âme du rugby tricolore
L’analyse du consultant va plus loin : « Sur le papier, notre paquet d’avants était déjà moins lourd qu’il ne fut naguère. Sur le terrain, lesté de cinq troisième ligne, il s’est déplacé davantage, a croqué les extérieurs, proposé des soutiens constants, autant de choses qui avaient cruellement manqué à cette équipe de France à l’automne. Car soyons clairs : à force de vouloir ressembler à l’Afrique du Sud, le rugby français était en train d’y perdre son âme. Son identité. Sa singularité. »
Jeudi soir, Dourthe a vu une équipe qui ose et qui revendique enfin son style propre. « J’ai vu Thomas Ramos tenter – et réussir – une improbable aile de pigeon dans un test-match. J’ai vu Matthieu Jalibert jouer libéré, comme à Chaban, et donner à cette ligne d’attaque une dynamique qu’elle n’avait plus connue depuis longtemps. J’ai vu des avants jouer comme des arrières, des deuxième ligne manier le ballon comme des centres, Mickaël Guillard et Charles Ollivon redresser, feinter, accélérer, comme si le rugby français s’était soudain souvenu de ce qu’il est. »
Le consultant pose une question cruciale : ce sursaut est-il un simple feu de paille ou marque-t-il un véritable tournant ? « N’est-ce pas à cela qu’il devrait toujours ressembler ? N’est-ce pas ce que nous avons toujours aimé, toujours revendiqué, toujours défendu, avant de l’abandonner par complexe ou par peur ? »
Il conclut par un avertissement à l’égard de la tentation de l’imitation : « Parce que copier les Springboks, leur banc hypertrophié et leur rugby de domination frontale, est une impasse. Ils seront toujours meilleurs que nous dans ce registre. Toujours plus puissants. Toujours plus durs. Alors, peut-être serait-il temps d’arrêter de vouloir les imiter. Et de songer, enfin, à les contourner. »







