Lors d’un entretien accordé à Midi Olympique, Yann Roubert, président de la Ligue Nationale de Rugby (LNR), a levé le voile sur les difficultés techniques et éthiques rencontrées par la Ligue dans le contrôle du Salary Cap. Si certains assouplissements sont envisagés, notamment pour les contrats d’image avec les équipementiers, la LNR reste inflexible sur les partenariats individuels avec les sponsors des clubs, afin d’éviter toute dérive.
**L’exception des équipementiers justifiée par la réalité économique**
La LNR a décidé d’assouplir certaines règles, principalement sur les contrats d’image liés aux équipementiers, souvent identiques à ceux des clubs, sans que cela ne pèse sur le Salary Cap. « J’entends ces joueurs qui se disent limités par le salary cap d’une part, et par le fait que les parties associées aux clubs ne puissent pas être partenaires de joueurs à titre individuel. Ça va en effet évoluer, d’abord de par cette hausse du plafond principal. Il va aussi y avoir un assouplissement au sujet des équipementiers : un joueur dont le partenaire particulier sera le même que celui de son club ne rentrera pas dans l’assiette », explique Yann Roubert.
Il rappelle cependant que malgré ces ajustements, la situation financière des clubs reste délicate : « Il faut aussi garder à l’esprit que ces clubs qui dégagent des bénéfices ne sont pas majoritaires, loin s’en faut, puisqu’il y en a encore 10 sur 14 en élite qui ont enregistré une perte d’exploitation. Il faut être conscient de cette réalité économique. »
**Le danger d’un système incontrôlable**
Permettre aux joueurs de bénéficier librement de partenariats individuels avec des sponsors liés à leur club, hormis les équipementiers, représenterait selon la LNR une porte ouverte au contournement du Salary Cap : « Si on libéralisait ça, on ne trouverait pas la solution pour le contrôle. Ce serait l’ouverture à un outil de contournement pour des clubs qui voudraient contourner le salary cap. En clair, ce serait incontrôlable. Si un partenaire disait donner deux millions de partenariat, mais donnait en réalité un million plus dix fois 100 000 euros à 10 joueurs, on ne pourrait pas le vérifier. Or, on a besoin d’équité, de solidarité aussi. »
**Un sacrifice des stars au service de l’équilibre collectif**
Yann Roubert assume que ces règles peuvent pénaliser les joueurs les plus médiatisés et bancables, mais insiste sur leur nécessaire rôle de protection pour l’ensemble du championnat : « Ce système bloque les trois, cinq, dix joueurs qui pourraient prétendre à gagner plus via des partenariats avec des sponsors de leur propre club. C’est un symbole de solidarité dans le rugby. Cette limitation permet de protéger les 2 000 joueurs recensés dans le Top 14. Le salary cap préserve aussi l’équité sportive, avec les mêmes règles et plafonds pour tous, jouant un rôle d’amortisseur contre des déséquilibres financiers majeurs. »
**Pourquoi seuls les contrats équipementiers sont concernés par l’assouplissement ?**
Face à cette question, Yann Roubert répond avec pragmatisme : « Parce que c’est contrôlable ! C’est ce que j’ai dit aux joueurs et à leur syndicat ; si on avait une solution simple, on l’appliquerait. L’idée n’est pas de les brider pour les brider, mais de partager en toute transparence les impossibilités de contrôle. On ne doit pas offrir aux clubs la possibilité de contourner le salary cap. Pour le coup, les contrats équipementiers sont très normés, avec des valeurs de marché plus faciles à établir, puisque beaucoup de joueurs ont déjà ces contrats. »






