Chaque week-end lors du Tournoi des Six Nations, la voix de Stefan Etcheverry résonne dans les foyers de millions de Français. Chroniqueur sur « Bonjour ! » et commentateur phare de TF1, il n’est pas seulement un journaliste : c’est un ancien ouvreur forgé par les valeurs du rugby amateur. De ses débuts dans la boue aux projecteurs médiatiques, portrait d’un passionné fidèle à ses racines.
L’aventure commence à Clamart, dès l’âge de 8 ans, encouragé par un beau-père visionnaire : « C’est un super sport, tu vas voir, tu vas t’amuser ». Dans un environnement loin des pelouses synthétiques modernes, Stefan découvre le rugby dans sa forme la plus authentique. « Il y avait beaucoup de boue, on rentrait très sale », se souvient-il. C’est au cœur de la Fédérale, entre défaites fondatrices – comme celle vécue à Massy – et forte camaraderie, qu’il construit son socle : « J’ai toujours fait ma vie dans le rugby. Je me suis construit autour de ça, avec mes amis notamment. »
Son parcours international prend une tournure singulière grâce à son héritage familial. « Je suis à moitié originaire du Pays basque, de Saint-Jean-de-Luz », explique-t-il, tout en précisant l’importance de ses racines autrichiennes maternelles. Ce métissage lui ouvre les portes d’une carrière inattendue à la fin des années 90 : « J’ai même joué en équipe nationale d’Autriche quand j’avais 20 ans. […] J’avais vraiment deux casquettes. J’ai grandi dans ce mélange. » Sur le terrain, poste où l’anticipation est cruciale, il cultive cette philosophie : « L’anticipation… Il faut avoir la petite demi‑seconde d’avance. Être calme ».
Après quinze années d’apprentissage exigeant chez Canal+, où il assimile « la rigueur, le détail, l’exigence », Stefan Etcheverry rejoint TF1 avec une mission nouvelle : s’adresser à un public élargi, des passionnés aux novices. Une responsabilité qu’il assume pleinement malgré un accueil parfois hostile sur les réseaux sociaux. « C’était violent, et cela m’a touché au-delà de ma sphère professionnelle. […] Il fallait accepter que ça fasse partie du métier. Certaines personnes sont malveillantes, d’autres constructives. Et il faut tout intégrer. La première étape, c’est d’absorber et de vivre. Ensuite, tu continues. J’ai été bien entouré, et le soutien, interne comme externe, a été massif. Cela fait partie de la construction. Aujourd’hui, on est sorti de la zone de turbulence. On peut détacher la ceinture. Si quelqu’un peut m’aider à être meilleur, allons-y. »
Au-delà du micro, Etcheverry reste pleinement engagé dans le rugby. Il préside le club de Clamart et continue de fréquenter les terrains français, de Mauléon à Tyrosse, pour garder le contact avec la réalité du jeu. Pour lui, commenter les Bleus est « une fonction premium. Une responsabilité. Un honneur ». Dans le couloir menant au micro, il retrouve la même intensité qu’avant un match : « L’avant match, c’est un couloir. Il n’y a pas le choix, il faut y aller avec le cœur ».
À plus de 40 ans, l’ancien international autrichien considère son métier comme une conquête continue : « Cette place, je suis allé la chercher comme les joueurs vont chercher le maillot, tel un Matthieu Jalibert qui revient en grâce pour ce Tournoi. Il faut rendre le moment important. » Il conclut en rappelant son attachement au XV de France : « On veut que la France gagne, on est un peu chauvin. Mais il faut aussi rendre hommage à la performance de l’autre équipe. C’est un équilibre difficile, mais essentiel. Avant chaque match, je suis dans ma bulle, concentré, hyperconcentré. L’avant match, c’est un couloir. Il n’y a pas le choix, il faut y aller avec le cœur. »







