Dimanche, au Principality Stadium de Cardiff, Oscar Jegou s’apprête à jouer sa 11e sélection avec le XV de France, affichant une particularité rare parmi les avants internationaux : à 22 ans et seulement 95 kilos, il est bien plus léger que la plupart des colosses autour de lui, souvent au-delà des 110 kg.
Malgré son gabarit atypique, le troisième ligne du Stade Rochelais impressionne par son efficacité défensive redoutable. Nicolas Depoortère, coéquipier de Jegou, s’en souvenait encore après l’avoir vu « découper les attaquants fidjiens » : « C’est une brique ce mec ! Il envoie des plaquages, c’est assez abusé… » Un surnom qui amuse le principal intéressé, grand fan de Thierry Dusautoir, et qu’il assume pleinement : « Franchement, « la brique », il m’a fait rire ce surnom, ma famille aussi. Je trouve ça drôle. Peut-être que je suis une brique parce que du coup, comme je suis un peu maigre, on sent direct l’os ! C’est l’envie et l’amour du sport qui me poussent. Sur le terrain, je décuple mes forces et je me transcende donc ce n’est pas le poids qui me gêne. Je travaille beaucoup en muscu pour entretenir ma force. Si j’ai un poids lourd en face? Il y a ce surplus d’engagement quand je vois quelqu’un de très solide arriver. C’est moi ou c’est lui ! »
Longtemps pointé du doigt pour son manque de densité physique, Jegou a su transformer sa mobilité en atout majeur. Aujourd’hui, il suit un régime diététique pour « s’enrober et se recouvrir » afin de mieux encaisser les chocs. Mais il reste fidèle à sa nature : « Je l’ai entendue depuis tout petit, cette phrase (trop léger). Mais je pense que le discours commence à changer. Si tu gagnes tes duels et que tu es au niveau, on ne peut rien te dire. Mais je ne suis pas têtu. J’entends le discours des prépas physique comme quoi il faut quand même un minimum (de poids). Avec l’enchaînement des matchs (en novembre), j’ai senti le contre-coup, la fatigue, les douleurs. »
Pour Ronan O’Gara, manager de La Rochelle et ancien joueur emblématique, la force de Jegou ne tient pas à sa musculature, mais à son intelligence de jeu. Il le compare même à Thomas Ramos, l’un des joueurs les plus brillants tactiquement du XV de France : « Ce qui me plaît dans cette situation, c’est qu’il n’y a pas de GPS pour le travail du cerveau. C’est un mec qui est peut-être dans la même catégorie que Thomas Ramos, il voit les choses deux secondes avant les autres. »
Complémentaire de François Cros et Anthony Jelonch, Oscar Jegou apporte une capacité précieuse pour couvrir le large et dominer les airs. Dimanche à Cardiff, ce « petit » Rochelais aura une nouvelle occasion de démontrer qu’à l’ère du rugby moderne, l’anticipation et la lecture du jeu pèsent parfois bien plus lourd que le simple poids sur la balance.







