Écarté du XV de France pour le Tournoi des 6 Nations 2026, Damian Penaud fait face à un coup d’arrêt inédit dans sa carrière internationale. Resté à Bordeaux avec l’Union Bordeaux-Bègles, l’ailier tricolore digère cette déception tout en assumant davantage de responsabilités en club. Entre remise en question, envie de revanche et personnalité toujours aussi légère dans le vestiaire, le trois-quarts tente de transformer cette absence en tremplin vers un retour chez les Bleus.
Il s’y était préparé. Lorsque la liste pour le Tournoi est tombée, Damian Penaud ne figurait pas parmi les appelés. Une absence lourde de sens pour l’ailier, longtemps pilier du XV de France et meilleur marqueur de son histoire, même si elle ne surprend pas totalement. L’intéressé était convaincu que son nom ne serait pas prononcé. Pourtant, voir les Bleus s’élancer sans lui marque un tournant.
Penaud reste une figure majeure de l’équipe de France, malgré des mois récents chaotiques. Lors de la dernière tournée d’automne, il avait pris la parole publiquement pour réclamer une évolution de la philosophie de jeu tricolore, un positionnement rare et assumé qui a laissé des traces. Son entretien récent avec les entraîneurs, notamment après la défaite contre l’Angleterre en 2025, a mis en lumière certaines failles. Depuis, ses rapports avec le sélectionneur Fabien Galthié se sont tendus. Sans rupture, le lien s’est clairement distendu.
Le manque des Bleus se fait sentir. Même préparé à son exclusion, le match contre l’Irlande a été un coup dur. Ce soir-là, il savait ce qu’il ratait. Maxime Lucu, capitaine de l’UBB et demi de mêlée du XV de France, dépeint l’impact mental de cette mise à l’écart : « On savait que ce match allait faire mal aux têtes parce que t’as envie d’être sur le terrain et de porter le maillot et de vivre ces moments-là. Damian, on sait très bien tout ce qui s’est dit et tout ce qui s’est passé depuis qu’il n’a pas été pris. Il a été touché mentalement. »
Mais Lucu souligne aussi la réaction de Penaud : travail, implication et volonté de revenir. Le staff français lui a même donné des axes précis d’amélioration. « Il sait ce qu’il a à travailler », insiste Lucu, qui décrit un coéquipier « très concerné aux entraînements » et performant avec l’UBB, notamment dans le jeu aérien. L’absence ne se limite pas à la compétition mais touche aussi le groupe, les habitudes. « De se retrouver proche de certains mecs ici à Bordeaux qu’il côtoyait moins en voyant qu’en haut il y a l’équipe de France qui se prépare, ce sont des choses que tu dois appréhender différemment », explique Lucu. Une situation nouvelle pour un joueur qui a longtemps fait partie intégrante du paysage bleu.
À l’UBB, Penaud assume désormais un rôle plus central. S’il n’est pas un leader naturel, son absence en sélection l’a replacé au cœur du projet bordelais. « On lui demande aussi d’être beaucoup plus leader », confirme Lucu. « Il a eu beaucoup plus de responsabilités sur les entraînements, sur les vidéos, sur les semaines à vivre. On sent qu’il prend aussi du plaisir. Il apprend à vivre différemment et ça va forcément lui servir. »
Ce changement se fait en douceur. Joueur connu comme « le bon copain » du vestiaire, bon vivant et chambreur, Penaud reste, selon Mathis Perchaud, pilier de l’UBB, le même homme : « Je trouve que c’est le même Damian. Peut-être qu’il a les boules, mais il ne le montre pas forcément. C’est toujours le même, déconneur, qui met des pièces. Je trouve qu’il n’a pas changé du tout. »
Du côté du staff bordelais, cette phase est perçue comme une étape nécessaire. Christophe Laussucq, entraîneur de la défense de l’UBB, souligne qu’« il a toujours mangé du caviar. Depuis qu’il est tout jeune, il a toujours été mis sur un piédestal. Quelquefois, dans une carrière, c’est bien de passer par des moments un peu de doute pour se remettre en question. » Pour lui, cette mise à l’écart pourrait servir de levier pour modifier des habitudes, ajuster la préparation et changer certains détails du quotidien. « C’est la première fois, depuis que je le connais, qu’il est pointé du doigt, un peu en échec », ajoute-t-il, convaincu que l’équipe de France ne pourra pas se passer longtemps d’un tel profil.
Entre mélancolie de ne plus porter le maillot bleu et volonté de rebondir, Damian Penaud cherche aujourd’hui à marquer les esprits. Plus impliqué à Bordeaux, il développe un leadership qui ne lui est pas naturel. « Ça lui demande un travail différent de ce qu’il pouvait faire d’habitude », précise Lucu. « Quand il y a Matthieu (Jalibert), Yoram (Moefana), Nico (Depoortère), ce sont eux qui font tout le boulot. » Pourtant, il conserve sa légèreté et sa proximité avec ses coéquipiers, loin des projecteurs internationaux. Peu importe l’attente, l’ailier se reconstruit par le jeu et le collectif, avec l’espoir tenace d’écrire encore son nom dans l’histoire du XV de France.







