Le Stade Toulousain, avec ses emblématiques Antoine Dupont et Anthony Jelonch, se retrouve aujourd’hui au cœur d’une polémique où ne sont pas mises en lumière leurs prouesses sportives, mais des interrogations contractuelles liées à la société 3S-Alyzia. Le sujet sensible porte sur l’exploitation de leur image et le respect du Salary Cap, ce plafond salarial imposé aux clubs.
### Des « contrats fantômes » pour contourner le règlement ?
Des voix s’élèvent pour dénoncer une possible manœuvre visant à faire passer des versements de sponsors comme des paiements de salaires, afin d’alléger la masse salariale officielle du club. Me Cavalié, avocat du Stade Toulousain, balaie ces accusations d’un revers : « La thèse accusatoire est donc de dire que le Stade toulousain a organisé le paiement de ses joueurs par des parties qui lui sont liées, pour éviter d’avoir lui-même à verser ces salaires. Autrement dit, cette thèse revient à affirmer qu’il y aurait un pacte secret et occulte entre le club et des sponsors pour régler certains joueurs pour le compte du club des sommes que celui-ci devrait payer ou aurait promis de payer à titre d’activité sportive. »
Selon lui, l’accusation ne démontre aucunement l’existence d’un tel « pacte secret » et se limite à remettre en cause le mérite professionnel des joueurs : « Les accusations prétendent simplement que M. Jelonch et M. Dupont n’auraient pas assez travaillé pour mériter les rémunérations qui leur ont été versées. Est-il raisonnable de parler dans ces conditions de fraude fiscale ou sociale ? »
De plus, Me Cavalié souligne que 3S-Alyzia « n’était pas partenaire du club lorsque les contrats avec les joueurs ont été signés » et se demande : « Quel aurait été, alors, l’intérêt de 3S de conclure un tel pacte avec un club avec lequel il n’avait plus de lien ? » Il insiste aussi sur le fait que lorsque 3S-Alyzia est redevenu fournisseur du Stade Toulousain, c’était suite à un appel d’offres remporté « parce qu’il était le mieux-disant de toutes les entreprises qui y ont répondu. Aucun privilège ne lui a donc été octroyé. »
### Combien « vaut » l’image d’Antoine Dupont ?
Autre point de controverse : le montant versé à Antoine Dupont par 3S-Alyzia, évalué à 200 000 euros par saison. Certains jugent cette somme excessive pour quelques apparitions médiatiques annuelles. Son avocat, Me Iglesis, remet cependant les choses en perspective : « Mais, même dans l’hypothèse où il n’assiste qu’à un seul événement, où il reste pendant cinq heures, en quoi, pour un garçon comme Antoine Dupont qui est aujourd’hui l’équivalent des plus grandes stars mondiales, est-ce critiquable qu’il perçoive 200 000 euros pour que la société le promène de table en table, le présente, et qu’il échange avec ses partenaires ? C’est le Johnny Hallyday de la soirée, si je puis m’exprimer ainsi. »
Il rappelle que les rémunérations élevées pour des prestations de ce type ne sont pas une nouveauté, comparant Antoine Dupont à des figures comme Kylian Mbappé ou Teddy Riner. « Une star quelconque peut prendre des millions d’euros pour aller chanter au mariage d’un prince indien. Le fait qu’Antoine Dupont ait atteint une notoriété extrêmement importante, et qu’il soit très bien rémunéré au regard de cela, attire des jalousies. »
Me Iglesis évoque également plusieurs refus de la part du joueur face à des offres lucratives : « Une société a récemment proposé de faire venir Antoine pour sa convention internationale en Afrique du Sud. Elle payait 100 000 euros, avec le voyage en business, pour rester deux heures sur scène. Ça tombait au mois de novembre, lors de sa semaine de reprise, donc il a refusé. Mais ces tarifs-là ne nous surprennent pas. Il suffit de voir ses classements en termes de notoriété. » Par ailleurs, une banque internationale souhaitait acquérir l’image de Dupont pour trois ans avec un contrat conséquent, mais le joueur a décliné, évoquant une incompatibilité avec son calendrier sportif.
### Le dossier complexe de Fiducial et de l’agence Bros
Un second volet de l’affaire concerne un projet de contrat avec Fiducial, actionnaire du Stade Toulousain. Afin que ces sommes échappent au calcul du Salary Cap, une astuce juridique est mise en avant : le contrat ne serait pas passé directement avec le joueur, mais avec l’agence de marketing Bros, où Dupont détient une participation de 2 %.
Son avocat insiste : « Les relations entre Bros et Fiducial ne peuvent pas rentrer dans le salary cap. » Il affirme que le club n’était même pas au courant de ce projet contractuel fin décembre. « Le Stade toulousain a appris fin décembre l’existence d’un projet de contrat pouvant concerner Fiducial et M. Dupont. Le club ignorait jusque-là la contractualisation de possibles prestations, sur lesquelles nous n’avons rien à redire parce qu’elles sont parfaitement légales et n’ont aucune raison d’entrer dans l’assiette du salary cap. »
Il souligne aussi que, sans contrat direct entre Dupont et Fiducial, mais uniquement entre Fiducial et Bros, il serait incohérent d’inclure ces montants dans le plafond salarial, ce qui serait préjudiciable aux autres joueurs du club.
### Une controverse qui divise
Alors que le débat entre la liberté commerciale des joueurs et les contraintes strictes imposées par la réglementation professionnelle du rugby se poursuit, il reste à voir si ces explications convaincront les instances de régulation. Le Stade Toulousain et ses joueurs majeurs sont désormais sous le feu des projecteurs non plus pour leurs exploits sur le terrain, mais pour un dossier où transparence et légalité sont scrutées avec la plus grande attention.







