Dans une atmosphère électrique à Cardiff, face à un Pays de Galles diminué mais toujours fier, les Bleus de Fabien Galthié ont livré une performance bien plus qu’imposante. Leur victoire nette et méthodique traduit l’émergence d’une nouvelle autorité, froide et déterminée, propre aux grandes équipes qui ne laissent aucune marge aux adversaires.
Richard Dourthe, dans une chronique lucide publiée par Midi Olympique, exprime toute la complexité de ce match et ses symboles profonds, mêlant passé gallois et présent français.
« Je m’attarde peut-être trop sur le versant invisible de la démonstration tricolore à Cardiff. Après match, je retiens aussi beaucoup trop ce que certains préféreraient oublier. Et pourtant, j’éprouve une peine immense en observant ce rugby gallois. Mis à part du courage, des tripes et parfois, les cannes de Louis Rees-Zammit, il ne reste plus grand-chose du grand pays des Galles. Qu’ont-ils montré, ces Diables Rouges, si ce n’est quelques chandelles montées sur Theo Attissogbe et Louis Bielle-Biarrey, lesquels les ont alors toutes captées avec appétit ? Pas grand-chose, j’ai peur. »
Ancien joueur à Cardiff, Dourthe se souvient avec émotion des affrontements passés, notamment de la cuisante défaite de 1999 au Millennium Stadium où des légendes galloises comme Neil Jenkins, Scott Gibbs et Scott Quinnell avaient façonné une équipe redoutable. Aujourd’hui, « il ne subsiste que l’ombre de ce pays de Galles-là », explique-t-il, le cœur marqué par une équipe locale généreuse mais en quête de renouveau, avec l’espoir placé sur les moins de 20 ans pour redresser la barre.
Face à ce Pays de Galles amoindri, la France a su se montrer impitoyable. « Que le XV de France, peut-être, sait désormais se comporter en patron. Qu’il n’a plus peur de punir les faibles et qu’il ose frapper les plus petits gabarits jusqu’à la nausée, comme il le fait depuis toujours les Springboks ou les All Blacks. À Cardiff, les hommes de Fabien Galthié ont ainsi signé un match sérieux, appliqué, méthodique. Ils ont surtout sauté à la gorge des Gallois dès le coup d’envoi. 19-0 après vingt minutes, bonus offensif sécurisé avant même la pause : à ce niveau-là, ce n’est plus une entame, c’est une mise au pas. »
La prestation tricolore, portée par des talents comme Antoine Dupont, « capable d’accélérer le temps quand les autres le subissent », Fabien Brau-Boirie, Mickaël Guillard et le combat au sol de Julien Marchand, est célébrée par Dourthe. Il souligne également l’émergence brillante de Louis Bielle-Biarrey, « altruiste, lucide et plus que jamais, l’homme le plus rapide du circuit international ».
Si cette démonstration a séduit, l’ancien international reste prudent : « Oui, j’ai pris du plaisir. Beaucoup. Mais maintenant, j’attends. J’attends Édimbourg. J’attends de voir si cette vague tricolore saura rester haute quand le vent se lèvera vraiment. Les grandes équipes ne se contentent pas d’écraser des géants déchus ; elles valident dans les matchs qui comptent. »






