Et si Rassie Erasmus avait vu juste ? Fin novembre, le sélectionneur sud-africain, champion du monde en titre, avait prédit un avenir prometteur pour l’Italie dans le Tournoi des Six Nations, les voyant même monter sur le podium. Ces propos prennent tout leur sens après la victoire italienne contre l’Écosse et la résistance remarquée face à l’Irlande.
Gonzalo Quesada, le maître d’œuvre de ce renouveau, savoure ces éloges venant d’un tel expert. Dans un entretien accordé à L’Équipe, il confie : « J’étais très touché. Après nous avoir beaucoup analysés, il sentait que l’équipe progressait et trouvait intéressant ce qu’il voyait dans notre jeu. Puis en novembre, on a fait une belle partie contre eux et Rassie a encore été très sympa avec nous. Ça fait vraiment plaisir bien sûr. C’est la plus grande référence du rugby mondial et il n’était pas obligé de le faire. »
Ce succès est d’autant plus remarquable que l’Italie doit composer avec un groupe amoindri par les blessures, privés de cadres comme Ange Capuozzo ou Martin Page-Relo. Toutefois, Quesada souligne la capacité de ses joueurs à se transcender malgré un contexte national difficile : « Le grand point positif, c’est qu’on a réussi à avoir un groupe plus élargi alors que les deux franchises (Benetton Trévise et Zebre Parma) ne sont pas en haut de tableau de l’URC (11e et 16e) et que beaucoup de joueurs du groupe ne sont pas forcément les premiers choix dans leur club. Mais tous ont réussi à élever leur niveau à l’approche des matches internationaux. Les choix sont plus réduits et on a moins de moyens que d’autres nations, mais on parvient à les optimiser. Et c’est ce qui m’a séduit dans ce projet. Même si le rugby dans le pays ne traverse pas un moment facile, avec des difficultés financières, on peut bien bosser avec l’équipe nationale. On ne se plaint pas. Tout est fait pour nous mettre dans les meilleures conditions. »
Le chantier prioritaire pour l’ancien manager du Stade Français a été la défense, jusque-là point faible de l’équipe. Terminés les naufrages, à l’image de la lourde défaite concédée face aux Bleus l’an passé (24-73 à Rome). Quesada se souvient avec ironie : « La dernière défaite difficile à encaisser, c’était contre la France l’an dernier avec un Antoine (Dupont) qui s’était levé énervé. » Désormais, l’Italie est la nation qui plaque le plus dans ce Tournoi (395 plaquages en deux matchs) et qui réussit le plus de vols de touches. « On a toujours cet ADN d’attaque avec une équipe peut-être un peu plus légère que les autres et qui joue bien au rugby, mais on a vraiment bossé sur les bases pour améliorer la conquête, la défense, la discipline et l’alternance. Pas mal de choses qu’on a mises en place commencent à se voir. On a une stratégie claire, plus organisée et mieux équilibrée pour ne pas être complètement prévisible. Avant de penser à marquer plus de points, il fallait surtout penser à en prendre moins facilement. Un des gros chantiers a été le changement de mentalité. L’équipe ne baisse pas les bras quand les choses deviennent difficiles. Elle croit plus en elle, elle montre du caractère. Grâce aux liens entre les mecs, on ne lâche pas les matches. »
Malgré cette progression, Quesada reste lucide avant le choc face au XV de France à Lille. La colère de la frustration après la courte défaite en Irlande est palpable : « On est en colère parce que ça aurait pu être encore plus beau. C’est très frustrant. Même si j’étais vraiment fier des mecs, j’avoue que j’ai eu du mal à m’endormir samedi soir… » Quant à l’idée d’aller défier les hommes de Fabien Galthié, il préfère garder les pieds sur terre : « Franchement non. La France pète le feu ! Elle joue à un niveau absolument exceptionnel sur ce Tournoi. Et on sait qu’on ne pourra pas faire que défendre contre elle. Ce serait suicidaire et ridicule stratégiquement. L’an dernier, les Français ont sorti un match de l’espace. Aujourd’hui, ils pensent au Grand Chelem et j’espère qu’ils seront un peu moins inspirés que depuis le début du Tournoi. »
L’Italie, actuellement quatrième au classement, se satisfait donc de sa nouvelle consistance : « Ce sera compliqué. On est déjà contents de ne pas être derniers après les deux premiers matches. On pense juste à la performance et pas du tout au classement. Ça, ça concerne surtout la France, l’Irlande, l’Angleterre et même l’Écosse. Pas nous. »







