L’Italie, nouvelle puissance du Tournoi des Six Nations ? Entre véritables progrès et discours diplomatiques, la Squadra Azzurra démontre une montée en puissance inédite.
Dès l’ouverture du tournoi, l’équipe italienne a affiché des ambitions claires. Une victoire convaincante contre l’Écosse suivie d’un combat acharné en Irlande, ponctué d’un bonus défensif frustrant mais prometteur, témoignent d’un net progrès sous la houlette de Gonzalo Quesada. Ces performances détonnent face à une réputation longtemps ternie par une longue série de défaites – 12 dernières places en 26 éditions depuis 2000.
Le rugby mondial a pris note : Rassie Erasmus, sélectionneur des champions du monde sud-africains, n’hésitait pas à placer l’Italie sur le podium dans un pronostic audacieux dès novembre dernier. « Si je devais faire un pronostic, je dirais qu’elle terminera deuxième ou troisième du Tournoi des 6 nations. Pour moi, cette équipe est sur une vraie dynamique ascendante. Elle est très sous-estimée. »
Plus récemment, Fabien Galthié, sélectionneur du XV de France, confirmait l’évolution spectaculaire de la Nazionale. « Cette équipe italienne est capable de battre toutes les nations britanniques, capable de battre toutes les nations du Sud, sans problème. Pour moi, l’Italie est même une équipe qui peut gagner le Tournoi des 6 nations, qui est capable de battre n’importe quelle équipe du top 10 mondial. Ça pose le niveau de cette équipe. »
Conscient de ces éloges lourds de sens, Gonzalo Quesada demeure lucide : « Ça fait toujours plaisir quand il y a deux grands référents du rugby mondial, sûrement deux des meilleurs entraîneurs au monde, qui analysent un peu ce qu’on essaie de faire et qui sont très élogieux, ça fait toujours plaisir. Après, on est très conscient de tous ceux qui nous séparent de l’équipe de France et à quel point cette équipe de France, c’est un modèle d’inspiration aussi. Les mots de Fabien me font très plaisir mais on ne se laisse pas trop endormir par toutes ces paroles. On sait que c’est honnête, que ce n’est pas de la com, on le prend avec énormément de fierté. Mais bon, là, on sait aussi qu’on joue contre une grande équipe de France. »
Sous la direction de Quesada, la Nazionale a opéré une révolution défensive. Hormis un revers cinglant face à la France (24-73) en 2022, l’Italie ne s’effondre plus. Les matches contre l’Afrique du Sud (victoires 42-24 en juillet, 32-14 en novembre) attestent d’une défense désormais redoutable. L’Italie est aujourd’hui la formation la plus active en plaquages dans ce Tournoi et a peaufiné son jeu : plus de jeu au pied, une meilleure maîtrise de la possession et une organisation offensive plus structurée.
La conquête constitue un autre atout majeur. L’Italie domine dans la récupération du ballon en touche et impressionne surtout par sa mêlée, considérée désormais comme une référence européenne. Avec un taux de réussite de 93,6 % sur ses introductions depuis novembre et 15 pénalités provoquées, elle s’appuie sur des avants solides comme Fischetti, Nicotera, Ferrari ou encore Spagnolo, Dimcheff et Zilocchi.
Sur le plan individuel, l’Italie peut désormais compter sur un effectif étoffé. Alors que Sergio Parisse portait longtemps la squad en solo, le groupe regorge aujourd’hui de talents. Le retour d’Ange Capuozzo renforce l’attaque, tandis que Tommaso Menoncello, élu meilleur joueur du Tournoi il y a deux ans, est une menace permanente au centre. Les frères Cannone, meilleurs plaqueurs du Tournoi, ainsi qu’Andrea Zambonin en deuxième ligne, complètent cet arsenal. Seule une absence pèse : celle de Juan Ignacio Brex, forfait pour raisons personnelles.
Si l’Italie n’a jamais dépassé la quatrième place depuis son intégration au Tournoi (2007, 2013), la Nazionale progresse à grands pas. Le collectif s’affirme, les fondations sont solides et la confiance grandit. Sans encore le formuler ouvertement, l’Italie semble désormais prête à rêver plus haut. Pour la première fois, la Squadra Azzurra ne se contente plus d’exister dans le Tournoi des Six Nations, elle pourrait bien le bousculer durablement.







