Ancien pilier emblématique du XV de France et deuxième joueur le plus capé à son poste avec 84 sélections, Sylvain Marconnet a vécu de l’intérieur l’intégration de l’Italie dans le Tournoi des Six Nations. Installé aujourd’hui au Pays basque, il livre un regard franc et malicieux sur ces affrontements latins.
### Une mise en place sans ballons
À l’époque, affronter l’Italie représentait un défi particulier : rester concentré malgré un statut de grand favori. Bernard Laporte, alors sélectionneur, redoutait surtout le relâchement de ses joueurs.
Dans une interview accordée au journal régional *Sud-Ouest*, Marconnet raconte une anecdote révélatrice lors d’un entraînement sous la pluie romaine, veille d’un match :
« Au tout début de la mise en place, pendant l’entraînement du capitaine, on fait tomber deux ballons. Et il pète un plomb. « Vous faites chier avec vos en-avant, si on fait ça demain, ça va être la merde. Allez, on enlève les ballons, au moins vous ne les ferez pas tomber ! » Et là, tu te retrouves comme un idiot, avec l’impression d’être dans un jeu où tu dois mimer pour faire deviner aux autres. »
### La claque italienne du « bon goût »
Sur le terrain, les Français dominaient souvent, mais ils déchantaient rapidement lors des troisièmes mi-temps. Habitués au style parfois austère des îles britanniques, les Bleus pensaient être les mieux habillés.
« On avait l’habitude d’aller dans des pays où les gens étaient – passez-moi l’expression – mal fagotés. On était un peu les beaux gosses, les représentants de la French Touch ! Et là, quand on est arrivés en Italie… On a été mis sur la touche. Ils sont vraiment les dépositaires du lifestyle et du bon goût. Nous, on découvrait d’autres endroits, un autre état d’esprit, mais dans la bogossitude, on est redescendus d’un niveau. »
### Le calvaire de Christophe Dominici et le séisme de 2011
Au Stade Français, où les Italiens étaient nombreux, les chambrages allaient bon train. Marconnet se rappelle notamment que l’ailier Christophe Dominici est devenu la cible privilégiée après un choc mémorable :
« Il avait pris un plaquage mortifère de Castrogiovanni. Ça l’avait laissé sur place et il était sorti sur civière. Mais finalement tout allait bien, le lendemain il était de retour à l’entraînement. Pendant des années au club, Italiens comme Français, on lui en a mis plein la tronche, parce que c’était notre boute-en-train. »
Sur le terrain, l’ambiance était souvent bon enfant face à l’Italie :
« Pendant le match, si le score commençait à être lourd, on avait plus tendance à mettre une petite tape amicale, bienveillante. J’ai eu des situations plus complexes quand on jouait l’Argentine, avec Rodrigo Roncero. C’était d’un autre calibre, et là, on ne parlait carrément jamais du match. »
Mais cette relation conviviale a pris fin en 2011, lors de la première défaite française dans le Tournoi face aux Italiens (22-21). Ce revers brutal fut le détonateur d’une fin de cycle difficile sous Marc Lièvremont :
« On sentait que le discours de Marc Lièvremont était un peu usé, on n’était pas tout à fait d’accord sur un certain nombre de choses, la stratégie… Il y avait peut-être aussi une cassure entre les jeunes et les vieux, dont je faisais partie. […] Les Italiens nous ont battus sur l’envie, le combat. Il ne me semble pas que nous, les anciens, ayons été les plus mauvais ce jour-là. Mais il fallait des boucs émissaires. »







