C’est à Londres que se joue, cette semaine, une bataille cruciale pour l’avenir du rugby mondial. Jusqu’à jeudi, les dirigeants du rugby international sont réunis dans le cadre du sommet « Shape of the Game », un rendez-vous stratégique où chaque nation cherche à imposer sa vision du sport.
Deux blocs s’affrontent de manière frontale : d’un côté, la France, l’Afrique du Sud et plusieurs pays européens qui réclament une stabilité des règles ; de l’autre, la Nouvelle-Zélande et l’Australie, favorables à une réforme radicale.
Pour Yann Roubert, président de la Ligue Nationale de Rugby (LNR), la position française est claire : « On est ouvert mais on ne veut pas casser ce qui fonctionne ». Florian Grill, président de la Fédération Française de Rugby (FFR), affirme de son côté : « On est très déterminé. On considère que la France a une vraie légitimité au regard de la qualité de son rugby professionnel et de ses équipes de France. »
Le principal point de friction concerne les phases de conquête, accusées d’être trop longues par les nations du Sud. Néo-Zélandais et Australiens souhaitent ainsi augmenter le temps de jeu effectif, quitte à sacrifier mêlées et touches. Mathieu Raynal, manager des arbitres professionnels français, précise dans les colonnes de L’Équipe : « Ils s’attaquent aux phases chronophages, aux instants de conquêtes collectives, afin d’augmenter le temps de jeu effectif. Dans certains cas, ils veulent remplacer les mêlées par des bras cassés. À l’heure actuelle, des voix s’élèvent pour l’autorisation d’écrouler les mauls, il faut le savoir. »
Pour les partisans du modèle traditionnel, ce changement serait un danger mortel pour la diversité du rugby : « À terme, le rugby que prônent la Nouvelle-Zélande et l’Australie va uniformiser les profils. On va se retrouver uniquement avec des troisième-ligne ou des centres. Cela aura une conséquence sur la démocratisation de notre sport », met en garde Mathieu Raynal. Pour la FFR, le rugby ne doit pas survivre « en singeant le rugby à XIII ».
Autre chantier majeur : la discipline. Traumatisée par l’expulsion de Sam Cane lors de la dernière finale de Coupe du monde, la Nouvelle-Zélande défend la généralisation du carton rouge de 20 minutes, permettant de remplacer temporairement le joueur exclu. Une proposition jugée « hérétique » par le camp français : « Aujourd’hui, World Rugby souhaite appliquer le carton rouge de 20 minutes au détriment du carton rouge définitif. Cela veut dire qu’on ne verra plus d’exclusion définitive sauf pour des morsures, des coups de poing ou des coups de pied, ce qui n’arrive plus dans le rugby. On pourrait avoir le cas, dès la 5e minute de jeu, d’une charge à l’épaule dans le visage d’un joueur clé qui sortirait avec un enfoncement du plancher orbital. Et vingt minutes plus tard, l’équipe coupable se retrouverait à 15. Ça, ce n’est pas normal », dénonce Mathieu Raynal.
Pour la France, maintenir l’exclusion définitive est indispensable afin « de tracer une ligne blanche entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas » et préserver l’image d’un sport déjà perçu comme violent par le grand public.
Le débat reste donc vif et le futur du rugby, à cette croisée des chemins, suspendu à ces négociations londoniennes.







