Matthias Haddad-Victor, troisième ligne du Stade Rochelais, peut enfin souffler. Après deux mois d’absence liés à des commotions cérébrales répétées, le joueur a reçu le feu vert médical pour reprendre la compétition.
Dans un entretien accordé à Midi Olympique, le jeune rugbyman revient sur cette période délicate. « Déjà, j’étais en collaboration totale avec le club, très à l’écoute. Je me sentais très bien, j’étais directement rassurant. Mais j’avais vraiment besoin de rassurer mes proches, impactés indirectement sur les réseaux. Les supporters s’inquiétaient aussi, avec énormément de bienveillance. J’avais besoin de faire ces tests pour me rassurer mais surtout pour rassurer tout le monde du rugby. Pour montrer que les joueurs ne sont pas que de la chair à canon et qu’on essaye au maximum d’être protégés par l’environnement qui nous entoure. »
Il souligne la rigueur avec laquelle sont désormais prises en compte les commotions dans le rugby français. « Je vais parler surtout en mon nom parce que je ne connais pas tous les protocoles du monde. En tout cas, le mien a été vraiment fait de manière très professionnelle. Le club a décidé que tant que je n’avais pas fait ces tests, je ne pourrais pas reprendre. Malgré le fait qu’on était en galère de joueurs, les dirigeants ont assumé jusqu’au bout leur décision. Je leur tire mon chapeau. Parce qu’il faut continuer de nous protéger avec le rythme des matchs. On a besoin d’avoir des réponses à nos problématiques et ça a été le cas. »
Détaillant le protocole qu’il a suivi, Haddad-Victor raconte : « Au début, il y a le protocole de commotion classique, obligatoire. Même le jour du match, j’allais très bien, zéro symptôme. Après, on a voulu pousser un peu plus loin, au contact du Dr Brauge (neurologue référent de la Ligue Nationale de Rugby, NDLR). On s’est déplacés avec ma compagne et le docteur du club à Toulouse pour pouvoir faire les examens supplémentaires. C’est toute une batterie de tests, qui dure toute la journée, pour pouvoir voir où j’en étais par rapport à une personne de mon âge dans la société civile, avec un niveau d’études supérieur, vu que je fais des études. Ils comparent pour savoir s’il y a des anomalies quelque part. »
« Au début, la neuropsychologue a fait deux heures de test, elle a été assez positive. Après, il y a eu une IRM, on a vu un radiologue, on a fait une synthèse avec le neurochirurgien qui a dû contacter cinq experts un peu partout dans le monde. Dont un, par exemple, qui s’occupe de la NFL à Boston. Ça m’a surpris de voir que c’était poussé aussi loin (sourire), mais j’étais très content. Le fait qu’ils soient tous unanimes sur ma reprise en sachant qu’ils se mouillent et mettent en jeu leur carrière, ça me rassure énormément. Mes proches aussi. »
Le joueur révèle également le principal danger identifié : « D’après les informations qu’on a eues sur les boxeurs, les joueurs en NFL, même certains joueurs de rugby qui ont eu certaines maladies neurodégénératives… Le plus important, c’était ça. Parce qu’après le rugby, la vie ne s’arrête pas au bout de 35 ans. C’était important de savoir comment j’allais appréhender mon après-carrière et on avait déjà plusieurs infos grâce à leurs tests. On dirait la NASA, quoi (rires) ! J’étais super rassuré, c’était cool. »
Malgré quelques moments d’angoisse, il a gardé la tête froide : « En téléconsultation avec le Dr Brauge car je n’ai pas assisté à la réunion des experts. Il m’a fait un peu peur parce qu’il m’a envoyé un message d’abord pour me dire qu’il avait les résultats du test et qu’il fallait que je voie avec lui le lendemain en consultation, avec ma copine. Sur le coup, j’ai un peu stressé. Finalement, c’est une bonne nouvelle (sourire). C’est bizarre parce que j’étais plus content pour mes proches que pour moi. Je les ai sentis vraiment affectés. Ça fait du bien de voir ses amis et sa famille souffler. C’est qu’ils m’aiment et je suis très content (rires). »
Il confie ne pas avoir tellement craint la fin de sa carrière sportive : « C’est paradoxal parce qu’en fait, il y a deux ans, j’ai vraiment eu plus de difficultés et de craintes avec mon genou (double opération du genou gauche). C’était la première fois que je me suis posé la question (sur la poursuite de ma carrière). Là, j’étais plus en paix avec moi-même, je l’ai mieux appréhendé. Je suis suivi, je parle. Je ne suis pas quelqu’un qui reste tapis dans l’ombre, à avoir des idées noires. Après, il y a eu l’épisode de Uini (Atonio, hospitalisé et contraint d’arrêter sa carrière après un accident cardiaque). Ça m’a fait énormément prendre de recul. Je me suis dit que j’ai quand même la chance d’être bien entouré et de prendre le problème avant que ça arrive. »
Enfin, il exprime sa joie et sa reconnaissance de pouvoir rejouer : « Le rugby reste ma passion. Je joue pour m’amuser, je prends du plaisir en étant sur le terrain avec les copains. C’est bête à dire, mais c’est important pour moi. C’est là où je m’exprime, où je me sens le mieux. Ce n’est pas forcément une appréhension. Je suis très content. En plus de ça, ça m’a fait prendre conscience du privilège qu’on a de vivre de notre passion, de s’éclater. Il ne faut pas le perdre, même si traverse des moments difficiles. On est quand même en bonne santé, on a des gens autour qui nous aiment, qui sont extrêmement bienveillants. J’ai eu vraiment beaucoup d’amour de par mes proches, mon équipe, mon club, mais aussi les supporters. Ça fait vraiment beaucoup de bien. Quand « ROG » (Ronan O’Gara, le manager) a annoncé la nouvelle de mon retour au groupe, tout le monde était content. Ça m’a fait chaud au cœur. Ils ont dit que c’était enfin une bonne nouvelle pour le club ! »







