Au lendemain du salon « Shape of the Game » organisé par World Rugby, Mathieu Raynal, co-responsable de l’arbitrage français, fait le bilan de ce rendez-vous international dédié aux évolutions du rugby.
Ce sommet, qui réunit plus de 200 représentants des fédérations du monde entier, a été pour la France l’occasion d’exposer et défendre sa vision du jeu.
« On revient avec la satisfaction d’avoir été écoutés, entendus et soutenus dans la vision que nous avons de l’intérêt général de notre sport », souligne Mathieu Raynal. « World Rugby a créé les conditions de cet échange et ils ont fait preuve d’une qualité d’écoute qui est à mettre au crédit de Brett Robinson et de son équipe. C’est une vraie force pour l’avenir du rugby de réunir plus de 200 personnes issues de toutes les fédérations du monde afin de trouver des consensus. »
Le déroulement du salon se divise en plusieurs étapes : une séance plénière le mardi où sont présentés les travaux et orientations de World Rugby, des commissions thématiques le mercredi pour des débats plus animés, avant une restitution collective le jeudi. La validation finale revient au Board de World Rugby, qui communiquera ses décisions en juin.
Avec un travail préparatoire rigoureux, la Fédération Française de Rugby (FFR) est arrivée armée d’un argumentaire précis, fruit d’une analyse minutieuse des 400 pages de documents envoyés par World Rugby.
Cette présence accrue s’inscrit dans une stratégie claire portée par Florian Grill : « Ça demande beaucoup de présence dans les commissions, ça nous pousse à être force de proposition et, tout en respectant la vision des autres, ça nous amène à défendre nos positions avec beaucoup de conviction. »
L’unité de la Ligue Nationale de Rugby (LNR) et de la FFR apparaît également comme un levier important. Lors du salon, une présentation du modèle d’organisation du rugby français — de l’école de rugby à l’équipe de France en passant par les clubs professionnels — a rassemblé près de 200 personnes, avec Yann Roubert, président de la LNR, et Jérémy Lechat, directeur général de la FFR aux commandes de cette session matinale.
Face aux évolutions proposées, World Rugby se montre à l’écoute. « On échange énormément avec eux, on partage beaucoup de données sur nos travaux, on expérimente des règles dans nos championnats. Donc ils voient que l’on travaille. Et ils savent aussi que l’on restera très attentif à la préservation de l’intérêt général de notre sport », confirme Raynal.
Avant le salon, la FFR avait multiplié les communications sur certains désaccords majeurs, souhaitant sensibiliser la communauté rugby et les fans aux enjeux du futur du sport. « Le rugby de demain concerne tout le monde. Si des principes fondamentaux de notre sport peuvent être abimés c’est l’affaire de tous », rappelle-t-il.
Si aucune révolution ne se profile immédiatement dans les règles, plusieurs avancées notables ont été soulevées, notamment sur la philosophie générale du jeu. « Avant le Shape of the Game, la philosophie parlait de “récompenser l’attaque” et pour nous ça ne respectait pas le principe d’équité. La défense et l’attaque doivent avoir les mêmes chances de lutter pour la conquête du ballon. Aujourd’hui dans la philosophie générale que World Rugby souhaite appliquer aux règles du jeu, apparaissent ‘sécurité des joueurs’, la notion de ‘contest’ et donc d’équité dans la lutte, et ensuite la ‘continuité du jeu’. »
Sur le sujet controversé du carton rouge, dont la quasi-disparition fait débat, la France a exposé sa position avec force et obtenu un soutien partagé par de nombreuses fédérations. « S’ils poursuivent l’expérimentation, on sera attentifs à ce qui sera rajouté ou supprimé afin de respecter les discussions qui ont eu lieu et les positions qui se sont dessinées lors du Shape of the Game. »
Par ailleurs, la volonté des Nations du Sud de réduire le temps passé en conquête (mêlée et touche) pour un jeu plus fluide a été entendue, même si la France insiste sur la nécessité de préserver « la sécurité des joueurs » et « l’équité dans la lutte ». « On est très favorables à discuter de la continuité du jeu », affirme Raynal.
Un groupe de travail réunissant les entraîneurs du Top 14 et de Pro D2 s’est d’ailleurs tenu dès le mercredi soir, en amont du « Shape of the Game » français prévu le 13 mars à Marcoussis, afin de réfléchir aux améliorations à apporter au rythme des matchs.
Interrogé sur l’impact de ces changements fréquents de règles sur le public, Raynal reconnait le risque : « Ils sont enclins à modifier certaines règles pour rendre notre sport plus attractif et pour gagner de nouveaux spectateurs. Mais ce que leur ont expliqué Florian Grill et Yann Roubert, c’est qu’en France, on a un modèle qui fonctionne tel qu’il est et qui fonctionne même très bien. »
Il met en garde contre une évolution trop rapide ou injustifiée : « On ne peut pas sans cesse changer pour changer, il faut que ça ait un vrai intérêt pour le jeu, il faut que ça soit argumenté, il faut qu’on ait des datas dessus et il faut qu’il y ait un consensus de l’ensemble des nations. Ce n’est qu’à ce prix-là qu’on trouvera le juste équilibre. »
Ainsi, la France entend bien peser durablement dans les décisions internationales pour préserver l’essence et l’équilibre du rugby tout en participant à son évolution.
Via RMC Sport.







