Une enquête choc du journal britannique *The Telegraph*, publiée ce lundi, jette une ombre inquiétante sur le rugby sud-africain. Alors que les Springboks dominent la scène internationale depuis plusieurs années, la presse anglaise révèle une chute spectaculaire du nombre de tests antidopage réalisés en Afrique du Sud.
### Un effondrement des contrôles antidopage
Au cœur de la controverse, des chiffres officiels fournis par l’Agence mondiale antidopage (AMA) montrent une baisse dramatique des contrôles : *“le nombre de tests effectués dans le rugby par l’Institut sud-africain pour un sport sans dopage (SAIDS) a chuté de 785 en 2015 à 127 en 2024.”*
Cette diminution est d’autant plus marquante qu’elle contraste avec la hausse des contrôles en Angleterre, qui ont augmenté d’environ 25 % sur la même période. Ce déséquilibre alimente les doutes, d’autant que plusieurs joueurs sud-africains ont récemment été sanctionnés pour dopage.
### Des stars des Springboks sous le feu des accusations
L’enquête rappelle les suspensions récentes de S’busiso Nkosi et Elton Jantjies, champions du monde en 2019, frappés d’interdictions en 2024. Plus inquiétant encore, le pilier Asenathi Ntlabakanye fait face à une procédure disciplinaire après *“un résultat d’analyse anormal”* lors d’un contrôle inopiné. Le joueur assure avoir consommé un produit destiné à perdre du poids, et non à améliorer ses performances, mais le risque de suspension reste élevé.
### Un laboratoire national en difficulté
Comment expliquer cette chute des contrôles ? La réponse vient des autorités sud-africaines : leur unique laboratoire accrédité, situé à Bloemfontein, a été suspendu à plusieurs reprises par l’AMA en raison de *“incapacité à remédier de manière satisfaisante à de multiples non-conformités à la norme internationale pour les laboratoires.”*
Conséquence : les prélèvements doivent être envoyés à l’étranger, vers des laboratoires au Qatar ou en Belgique. Ce recours à l’international engendre des coûts importants que le budget actuel peine à couvrir, entraînant mécaniquement une baisse des contrôles.
### World Rugby tente de rassurer
Face à ces révélations, la fédération internationale World Rugby assure que les joueurs sud-africains sont régulièrement contrôlés lors des grandes compétitions internationales et des rencontres en clubs européens.
### Comment fonctionnent les contrôles antidopage dans le rugby ?
Le rugby professionnel est soumis à un dispositif antidopage strict, supervisé par l’Agence Mondiale Antidopage (AMA), mêlant contrôles « In-compétition » et « Hors-compétition ». Ces derniers, souvent inopinés, permettent une surveillance permanente des athlètes, qui doivent fournir leur localisation exacte.
Le protocole de contrôle est rigoureux : notification au joueur, prélèvement sous surveillance, échantillons scellés en double pour garantir la transparence, et analyses anonymisées dans des laboratoires accrédités.
### Le Passeport Biologique, un outil clé
Au-delà de la détection de substances interdites, le Passeport Biologique de l’Athlète (PBA) assure un suivi longitudinal des paramètres sanguins et urinaires. Toute variation anormale, comme une augmentation subite d’hémoglobine sans cause médicale, déclenche une enquête, même sans preuve directe de dopage.
### Un système de contrôle partagé
La lutte antidopage repose sur une répartition des responsabilités :
– World Rugby gère les tests en compétitions internationales.
– Les organismes nationaux, comme le SAIDS en Afrique du Sud, organisent les contrôles au quotidien.
– Les agences antidopage des pays d’accueil interviennent pour les clubs évoluant à l’étranger.
Quand un laboratoire national est suspendu, le recours à des laboratoires étrangers se heurte à des contraintes financières et logistiques, réduisant la fréquence des contrôles et ouvrant des « zones d’ombre ».
### Des sanctions lourdes en cas de dopage avéré
Le Code mondial antidopage prévoit des peines sévères pour les récidivistes et les contrevenants :
– Pour un joueur, une suspension standard de 4 ans, l’annulation des résultats obtenus pendant la période de dopage, voire des sanctions financières et une interdiction professionnelle.
– Pour une équipe, des sanctions collectives pouvant aller jusqu’à la disqualification ou le retrait de titres, sans oublier le coup dur porté à la réputation du club ou de la nation.
La tolérance est quasi nulle, et en cas de récidive, la suspension peut aller jusqu’à la radiation à vie.
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Cette enquête du *Telegraph* alerte sur les risques liés à la réduction des contrôles antidopage en Afrique du Sud, royaume du rugby mondial. Si les mesures logistiques et financières ne sont pas rapidement prises, la crédibilité du sport pourrait en pâtir durablement.







