À l’approche du match décisif contre l’Écosse, alors que la tension monte dans le camp des Bleus, un homme discret joue un rôle clé en coulisses : Michaël Rabia. Ce conducteur de la RATP n’est pas un chauffeur ordinaire. Soixante jours par an, il abandonne son bus de banlieue pour prendre en main le car officiel de l’équipe de France de rugby.
Dans un reportage publié par Le Parisien, Michaël se confie sur cette mission hors du commun.
**De la ligne de banlieue au car des champions**
Après 22 ans passés en tant que « machiniste receveur », Michaël a réussi des tests rigoureux pour obtenir l’honneur de conduire les Bleus. Aujourd’hui, il fait pleinement partie de la vie du groupe. « Quand on est en déplacement, on mange, on discute et on est 24 heures sur 24 avec les joueurs, mais on se fait discret, on reste à notre place », explique-t-il.
Malgré la proximité avec les stars du rugby, qui ont troqué leurs « Bonjour Monsieur » contre des « Salut Mika », Michaël garde un professionnalisme sans faille : « Les joueurs sont accessibles, mais je n’en profite pas, je ne demanderai jamais de photo ».
**La vie secrète à l’intérieur du bus**
Dans le car officiel, l’ambiance est généralement calme, bercée par une playlist éclectique. Faute de DJ désigné, on y entend « des titres de rap, de zouk et de Francis Cabrel ». Chacun a sa place : le staff et le buteur Thomas Ramos s’installent à l’avant, les autres à l’arrière.
Le trajet est aussi ponctué de taquineries, surtout lorsque le bus se fait doubler sur l’autoroute. « Il y a des joueurs qui se moquent quand on se fait doubler, ils me disent que je suis mauvais, c’est souvent au fond du car, donc c’est difficile de savoir qui a dit ça », sourit Michaël.
**Une conduite de « haut niveau » pour ne pas déconcentrer les joueurs**
Le moment le plus crucial se déroule lors du trajet vers le stade. Les joueurs plongent alors dans une bulle de silence absolu. « Quand les joueurs montent dans le car pour aller au stade, il n’y a pas un bruit. Ils sont dans un état d’hyper-concentration », précise le chauffeur.
Pour ne pas perturber cette concentration intense, Michaël veille à une conduite parfaite, sans mouvements brusques. Il se considère comme un athlète de la route : « L’erreur n’est pas permise. Il faut être linéaire, ne pas freiner par à-coups. Le staff attend de nous que nous soyons des conducteurs de haut niveau, comme nous attendons d’eux qu’ils soient des joueurs de haut niveau ».
**Un voyage de 17 heures préparé sans GPS**
Pour rejoindre l’Écosse, Michaël et un collègue ont entrepris un périple de 17 heures depuis Marcoussis. Chaque minute est minutieusement planifiée, sans laisser confiance à la technologie. « On a préparé l’itinéraire depuis un mois et demi, et on a un itinéraire de secours. Il n’est pas question de se fier à un GPS », souligne-t-il.
Une fois arrivés au stade de Murrayfield sous escorte policière, un moment qu’il qualifie de « vraiment impressionnant », le stress atteint son paroxysme. Si la France remporte le Tournoi samedi, « Mika » pourrait bien y participer pleinement : « S’ils remportent le Tournoi et que je suis invité à la fête, peut-être que j’irai ».







